La guerre menée par le tandem Etats-Unis – Israël contre le régime des Mollahs ne se limite pas à l’Iran. Elle a des allures de guerre totale ou presque. Les enjeux sont nombreux, allant du politique et du géostratégique à l’économique.
Depuis plusieurs semaines, le conflit impliquant l’Iran a franchi un seuil que beaucoup redoutaient sans vraiment y croire. Ce qui relevait jusqu’ici de tensions chroniques (frappes indirectes, affrontements par alliés interposés, menaces verbales) s’est transformé en confrontation assumée. L’escalade n’est pas seulement militaire : elle est stratégique, symbolique et régionale. Cette mutation révèle une réalité ce que les diplomaties avaient longtemps tenté de retarder: l’impossibilité de maintenir indéfiniment une guerre sans nom. Pendant des années, l’Iran a avancé par réseaux, par relais, par zones grises. Face à lui, ses adversaires ont répondu par des actions ponctuelles, sans jamais assumer une confrontation frontale. Cette architecture s’est fissurée. Désormais, les acteurs agissent à visage découvert. Dans ce paysage tendu, le Maroc adopte une position qui mérite d’être lue avec attention. Officiellement, Rabat exprime sa solidarité avec les pays du Golfe visés par les frappes iraniennes. Cette réaction s’inscrit dans une continuité : celle d’un alignement stratégique avec les monarchies du Golfe, fondé sur des intérêts politiques, sécuritaires et économiques partagés. Le message est clair, et il n’a rien d’improvisé. Dans cette nouvelle guerre où il est aussi question de pétrole, de contrôle des voies de passage (Ormuz), le positionnement du royaume a été pragmatique. Mais l’essentiel se joue ailleurs, dans ce que le Maroc ne dit pas. Aucune validation explicite des frappes initiales, aucune adhésion à une logique de guerre totale. Ce silence n’est pas une hésitation, c’est un choix. Il traduit une volonté de ne pas se laisser enfermer dans un camp unique, au moment où les lignes se durcissent. Car la position marocaine est contrainte par plusieurs équilibres simultanés. D’un côté, un partenariat solide avec les États-Unis. De l’autre, un ancrage arabe qui impose une solidarité politique avec le Golfe. À cela s’ajoute une relation historiquement tendue avec l’Iran. Dans ce contexte, toute prise de position devient un exercice de précision. Trop d’alignement expose, trop de distance isole. Cette posture n’est pas seulement défensive. Elle correspond à une lecture plus large du moment géopolitique. Le conflit en Iran ne se résume pas à un affrontement militaire ; il redessine les rapports de force au Moyen-Orient. Les pays capables de naviguer entre les blocs, sans rompre leurs équilibres internes, deviennent des acteurs utiles, voire nécessaires. Reste que cette position est fragile, au moins sur le plan économique. Plus le conflit s’installe dans la durée, plus les marges de manœuvre se réduisent. Le véritable danger pour le Maroc ne réside pas uniquement dans l’éloignement géographique du conflit, mais dans la rapidité avec laquelle le choc se transmet, du détroit d’Ormuz jusqu’aux stations-service locales. De tous les indicateurs, celui du prix des carburants sera sans doute le plus suivi dans les semaines, et peut-être les mois à venir…










































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