Des sultans du XIXème siècle, le règne de Moulay Abderrahmane ben Hicham (1822-1859) est probablement l’un des plus agités avec l’invasion française du flanc oriental de l’Empire chérifien. L’onde de choc de cette conquête militaire, aussi brutale qu’imprévisible, secoue de fond en comble le logiciel du Makhzen. D’autant qu’un certain émir Abdelkader, figure de la résistance locale, tente d’entraîner dans son sillage l’armée chérifienne. Le dessous des cartes.
Dur ou délicat à concevoir de nos jours. Avec le débarquement rude et violent des Français sur le littoral méditerranéen de la Régence d’Alger, des milliers d’Algériens prennent la poudre d’escampette. Direction, le Maroc voisin. Et cette hijra, par laquelle on refuse la domination du chrétien, et par laquelle on fuit Dar al-harb ne fera que s’amplifier par la suite. «L’émigration des Musulmans algériens en terre d’Islam commença donc dès les premières années de la conquête. Déjà en 1832 il y avait au Maroc une colonie de muhajirin, gens d’Alger à Tétouan, gens d’Oran et de Mostaganem à Oujda et Taza, Ahl Tlemcen à Fès. Après la prise de Mascara et de Tlemcen, de nombreux notables de l’Oranie affluèrent à Fès en 1836 ; ils furent suivis par les tribus Hachem et Béni ‘Amer venues en émigration temporaire et d’abord bien accueillies. Mais lorsque le sultan Abderrahmane se fut brouillé avec Abdelkader, les tribus reçurent l’ordre de partir dans la région de Marrakech», circonstancie l’historien Charles Robert Ageron dans un article paru dans «Annales. Economies, sociétés, civilisations» (n°22, 1967). Même son de cloche chez une autre historienne, Susan Gilson Miller dans «A History of Modern Morocco», (Cambridge University Press, 2013), où elle assure que «à l’été 1830, Moulay Abderrahmane accepta des bateaux entiers de réfugiés algériens arrivant dans les ports de Tanger et de Tétouan, ordonnant en même temps à ses pachas de leur trouver gîte et emploi». En termes contemporains, nous parlerons tout bonnement d’une action humanitaire. Ce faisant, le sultan chérifien semble vouloir aller plus loin. Entre l’été 1830 et le début de l’automne 1830, il change rondement de fusil d’épaule. Un temps à l’humanitaire et un temps à la résistance.
Par Farid Bahri
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