Tétouan, Tittawin, Titttawane, autant de variantes du nom de la ville auxquelles viennent s’ajouter cette fois-ci des toponymes aussi fleuris que métaphoriques; «la Colombe blanche», «la fille de Grenade» ou «la Petite Jérusalem». Voici autant de vocables désignant une cité qui traverse l’histoire du Maroc. Une ville anéantie et qui va renaître de ses cendres pour rayonner de mille feux sur l’histoire culturelle et commerciale de l’Empire chérifien.
D’où provient donc cette dénomination? Quelle en serait l’étymologie? Loin d’être scientifiquement attestée, elle a tout du moins le mérite d’avoir été formulée par cet exceptionnel voyageur que fut Hassan al-Wazzan, Léo l’Africanus pour son appellation latine. Sa présentation est on ne peut plus imagée. «Le mot de Titaouïn (Tétouan) est, dit-on, formé de deux mots dont l’un, en langue berbère, signifie l’œil et l’autre est un terme appelatif analogue à l’expression: «Eh! Untel !». La ville fut ainsi nommée parce que, à l’époque où on la construisait, on avait placé des gardes sur les remparts par crainte d’une attaque imprévue de l’ennemi. Nuit et jour ces gardes criaient: Titaouïn, c’est-à-dire: Eh! Untel, ouvre ton œil, cri habituel des sentinelles». Une précision s’impose. Léon l’Africain lui-même estime que cette étymologie est sujette à caution ; elle n’est qu’une version populaire à laquelle aucun argument lettré n’a été apporté. Toujours est-il que cette dénomination plonge ses racines dans la profondeur des temps anciens. C’est ce que nous laisse sous-entendre la géopolitologue Leila Latrèche dans « Généalogie des villes du Maroc, aux portes des mondes » (Riveneuve, 2026). «À cette toponymie millénaire s’ajoute un ancrage : celui du site de Tamuda. C’est sur les rives du fleuve Martil, à une poignée de kilomètres de la Méditerranée, qu’a été édifiée dans l’Antiquité une cité romaine. Tamuda serait apparue durant la période romaine, avant d’être probablement détruite au IIIème siècle, lors des grandes révoltes berbères (…) Le site de Tamuda, disparu au fil des siècles, est aujourd’hui un point d’appui archéologique essentiel pour comprendre la profondeur historique de Tétouan». Tout est dit.
Par Farid Bahri
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