Au Maroc, la tradition du mahdi-sauveur a de tout temps trouvé dans le Souss des conditions propices qui ont fait de cette région «le pays des mahdis» par excellence.
L’apparition du sauveur à la fin des temps pour rétablir la justice et le droit est une croyance universelle qu’on trouve dans toutes les religions. En Islam, l’attente du mahdi est reconnue mais chez la ‘amma, ou les masses populaires, cette croyance revêt des colorations de messianisme, d’hystérie collective, surtout en temps de crise quand les gens s’attendent au mahdi qui va rétablir l’équité et mettre fin à l’injustice et au désordre. Pourquoi le Souss a-t-il produit plus de mahdis et de faux prophètes que n’importe quelle autre partie du pays? Plusieurs facteurs convergent pour expliquer ce phénomène historique. D’abord il y a l’héritage berbère préislamique qui faisait une large place à la magie et à la divination. Selon l’historienne Halima Ferhat, «le premier rôle dans la société berbère archaïque, est tenu par des personnages passés maîtres dans l’art de la divination, art grâce auquel ils exercent un énorme ascendant sur les foules». L’art de la divination ou le pouvoir de prédire le futur était selon Ibn Khaldoun l’apanage des femmes dans les sociétés berbères traditionnelles. D’ailleurs cet historien mentionne qu’un faux prophète, Hamim des Ghomara au nord du pays, avait pour conseillers principaux sa mère et sa sœur.
Par Mohamed El Mansour
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