Au Maroc, les moussems se tiennent souvent autour du sanctuaire d’un saint. Cette association, renforcée par l’emploi du terme arabe moussem, peut donner l’impression qu’il s’agit d’une tradition strictement islamique. Pourtant, l’observation de leurs régularités, de leurs périodes et de leurs logiques internes conduit à l’hypothèse d’une origine plus ancienne : non pas simplement islamisée, mais réagencée au fil du temps.
On distingue notamment deux grands types de moussems. D’une part, ceux qui se déroulent en été, après les moissons et les récoltes, ou juste avant la saison des semences. D’autre part, ceux placés sous le patronage d’un saint particulier, réputés pour des pratiques spécifiques ; ils sont moins nombreux. On peut citer, à titre d’exemple, le moussem d’El Hadi Ben ’Aïssa à Meknès, connu pour le rassemblement des ’Aïssaoua ; le moussem de Moulay Brahim, dans le Haut Atlas, réputé pour la rencontre des Gnaouas ; ou encore le moussem de Moulay Abdessalam Ben M’chich, dans la région de Chaouen, qui réunit plusieurs confréries religieuses, dont les Haddaouas. Dans certains cas, ces événements coïncident avec le calendrier religieux, notamment avec le Mouloud, qui commémore la naissance du Prophète. La structure du moussem invite donc à distinguer entre les rencontres rattachées à une date religieuse et celles qui suivent un calendrier agricole. Les moussems ancrés dans une vénération de saint, ou dans une commémoration liturgique, portent plus nettement des survivances de croyances plus anciennes : la référence au saint y devient un cadre de légitimation et de continuité. À ce sujet, certaines pratiques, comme celles associées à certaines confréries, peuvent être rapprochées de cultes plus anciens liés aux cycles de fertilité. Autrement dit, lorsque l’on regarde au-delà de l’apparence islamique, on observe une logique de fond : obtenir par des rites ce que la vie agricole rend incertain, la fertilité des champs, la protection contre les dangers et la prospérité du groupe.
Par Moulim El Aroussi
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