La disparition d’un important site géologique près de Midelt, victime de trafiquants de fossiles, est un signal d’alarme. Au moment où la recherche est en progrès, il est important de recenser tous les sites, de les sécuriser et de démanteler les éventuels réseaux de trafiquants.
Un site archéologique de Mibladen, aux environs de la ville de Midelt, a été victime d’un vol organisé ciblant une dalle rocheuse massive et rarissime portant des empreintes de ptérosaures (reptiles volants) et de quelques autres reptiles disparus, datant de la période du Crétacé (il y a plus de 130 millions d’années). Selon des sources locales, la dalle, qui mesure plus de trois mètres de long, a été découpée à la scie à pierre puis emportée dans son intégralité, dans ce qui semble être une opération visant à la faire passer en contrebande et à la revendre sur le marché illégal des collectionneurs de fossiles. Bien que les chercheurs disposent de moulages et de modèles en trois dimensions de la roche disparue, la perte n’en demeure pas moins irréparable. Face à la répétition de ces atteintes contre d’autres sites géologiques, les experts insistent sur la nécessité d’une intervention urgente pour instaurer une surveillance renforcée des sites archéologiques et les intégrer dans des projets de tourisme scientifique, afin de les protéger contre le vandalisme et le pillage. La disparition de la précieuse dalle intervient peu après la dernière recherche menée sur les lieux, par une importante délégation de chercheurs marocains et européens et dont les résultats ont récemment été rendus publics. Pire encore, alors que ladite dalle avait déjà commencé par subir certaines dégradations, sa disparition en bonne et due forme laisse supposer que rien n’a été fait pour protéger le site. Le cas de Mibladen relance le débat, voire la polémique. Beaucoup de sites d’une grande importance géologique se trouvent dans un état de dégradation, quand ils ne sont pas purement et simplement pillés. C’est d’autant plus regrettable que la recherche en la matière (archéologie, paléontologie, etc.) est en plein essor et que les découvertes concernant le passé préhistorique du Maroc ne sont qu’à leurs débuts. Nous sommes, serait-on tenté de dire, face à d’authentiques actes de sabotage, entrainant la dégradation irréversible d’une partie du riche patrimoine national. En plus des enquêtes de terrain visant à démanteler les éventuels réseaux impliqués dans ces pillages en série, et comme le soulignent plusieurs experts marocains, l’urgence consiste à réaliser un inventaire quasi-exhaustif de ces sites, à les recenser et à mettre en place les mesures nécessaires à leur protection. Pour rappel, la dalle rocheuse qui avait fait du site géologique de Mibladen l’un des gisements paléontologiques les plus remarquables du continent, livrant des empreintes de ptérosaures uniques en leur genre, n’est pas la première victime des «trafiquants de fossiles». Comme le relève la formule utilisée par un site d’information, «ce que la science avait mis une décennie à documenter, le marché noir l’a effacé en quelques mois», voire en quelques semaines.






































