Politique, historien, poète, médecin et philosophe. L’œuvre du Grenadin Ibn al-Khatîb n’est pas encore reconnue dans toute son envergure.
Rappeler à la mémoire historique nationale le Maghreb du XIVe siècle, à l’époque mérinide, c’est rappeler une période charnière pour l’ensemble de l’Occident méditerranéen musulman qui connaît, principalement, le sursaut du royaume de Grenade avant l’achèvement de la lente et irréversible « reconquête » par les royaumes chrétiens de l’ensemble de la péninsule ibérique au commencement du XVe siècle, « reconquête » qui avait débuté plus de trois siècles auparavant avec la prise de Tolède en 1085. L’investissement de la civilisation andalouse dans le champ culturel du Maroc actuel n’est pas le fait de la nostalgie, ou l’hypostase d’un âge d’or perdu. Certains indices probants indiquent, nous semble-t-il, que les liens avec Al Andalus s’attachent encore à ce socle comme à la partie d’un territoire qui définit une culture et une civilisation. Il semble, d’après des témoignages directs recueillis, par exemple auprès du Professeur Mohammed Ben Chrifa, alors étudiant à l’Université Ben Youssef de Marrakech, et du regretté Moulay Siddiq Alaoui, responsable à la même institution, que l’introduction dans les années 1940 du siècle dernier de l’ouvrage al-Mûjib fî talkhiss akhbar al-Maghrib de l’historien Abd al-Wâhid al-Murrâkushî, (édition de Saïd Hajji, 1938, avec l’introduction de Mohammad El-Fassi) fut un événement notoire pour la prise de conscience historique des Marocains dans leur émancipation nationale. Pour mesurer le lien indéfectible entre le Maghreb et Al Andalus, que l’on se reporte à la biographie dans ce livre de l’un des principaux personnages de l’époque almohade, le calife Yaqûb al-Mansûr qui, à sa mort en 1199, s’écriait : « Prenez soin de l’orpheline ! », désignant par là Al Andalus. En 1956, date historique pour le Maroc, l’historiographe Mohamed Rachid Mouline consacre un ouvrage au même Yaqûb al-Mansûr et le compare au roi Mohammed V pour souligner la grandeur historique de celui-ci !
Enfin, dans cet ordre de rappels qui soulignent le rapport plus que de nostalgie ou de simple souvenir d’histoire du Maroc avec la culture islamique d’Al Andalus, l’on peut évoquer un témoignage littéraire que l’on trouve bien amené par son auteur, Ahmed Toufiq, dans une œuvre intitulée Gharîbat al-Hussayn, dans les années 1990. Celle-ci raconte l’histoire d’un musicologue suisse venu enquêter au Maroc, dans les années 1920, sur l’histoire énigmatique de cette pièce musicale andalouse du genre « nawba» que l’on connaît sous le nom de Gharibat al-Hussayn.
Par Abdelali Elamrani-Jamal
Lire la suite de l’article dans Zamane N°48


































