Le nom de la zaouia Boutchichia s’est imposé, au cours des dernières décennies, comme la plus célèbre confrérie soufie au Maroc et au-delà. Pourtant, cette visibilité internationale n’avait rien d’évident à ses débuts.
Née dans un petit village de l’Oriental, la zaouia a longtemps conservé un rayonnement limité, cantonné à son environnement immédiat. Ce n’est qu’à la faveur de transformations profondes qu’elle est sortie de son isolement pour devenir une vitrine spirituelle, attirant des milliers de fidèles venus du Maroc et d’ailleurs. Comment expliquer cette métamorphose? Quelles sont ses racines premières, et en quoi son parcours se distingue-t-il des autres confréries marocaines ?
Les racines de la Boutchichia se rattachent à la tariqa qadiria, fondée par le cheikh Abdelkader al-Jilani (1077-1166) à Baghdad. Figure majeure du soufisme, al-Jiali conjuguait sa stature de juriste hanbalite avec celle d’un maître spirituel. Son enseignement associait rigueur religieuse et éducation mystique, conférant à sa «tariqa» un attrait particulier. Après sa mort, ses disciples diffusèrent ses invocations et litanies dans tout le monde musulman. La Qadiria trouva rapidement des relais en Syrie et au Hejaz, avant de franchir la Méditerranée vers l’Afrique du Nord et al-Andalus. Dans le Maghreb occidental, elle connut une expansion remarquable, notamment en Algérie dès le XVIIème siècle. À Tlemcen, Oran ou Aïn Sefra, ses zaouias jouèrent un rôle de médiation entre tribus et de régulation de la vie religieuse et sociale. À partir de ces foyers algériens, grâce aux réseaux marchands, aux voyages savants et aux liens tribaux transfrontaliers, les pratiques de la Qadiria s’infiltrèrent progressivement au Maroc oriental.
Par Mohamed Abdelouahab Rafiqi
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