Les changements se font à pattes d’oie et sont souvent imperceptibles. Ils s’inscrivent sur le temps long ou moyen, et à plus forte raison quand il s’agit de l’espace culturel.
L’espace culturel subit les lents changements qui s’opèrent sur les configurations démographiques, les structures sociologiques, les représentations, les leviers de communication. Mais force de reconnaitre qu’en un quart de siècle, le champ culturel a changé au Maroc en profondeur, par un phénomène d’accélération. L’Internet, le numérique, et certainement l’IA, aurontchangé la conception qu’on a de la culture. Avec une nouvelle génération qui n’aura connu ni le règne de Hassan II, ni la guerre froide, ni le magistère des idéologies, et qui avait ouvert les yeux sous l’internet, le téléphone portable et ultérieurement le smartphone, et qui imprime les canons culturels d’une nouvelle conception. Fut un temps où l’écrit dominait la production culturelle. On reconnaissait mezzo voce une place au chant, mais c’est l’écrit qui conférait les lettres de noblesse à la production culturelle. L’écrit était nourri par des vecteurs, aujourd’hui dépassés ou en crise : les récits idéologiques (le panarabisme ou la gauche), la presse écrite et l’université. Le livre dominait et la figure de l’idéologue ou de la production idéologisée primait. Subsistaient encore quelques rémanences du théâtre.
On pouvait prétendre à la consécration quand on pouvait passer à la télévision nationale. Et parallèlement, ne pas pouvoir passer à la télévision, c’est se voir condamné. Ce n’est plus l’écrit qui donne le ton, mais d’autres créneaux en limbes, ou embryonnaires, et la télévision nationale n’est pas la voie de la consécration. Culture et idéologie étaient imbriquées. Aujourd’hui c’est le divertissement, ou entertainment, qui donne corps à la culture. Le cinéma, qui souffrait d’une insuffisance quantitative et qualitative, se fraie son chemin. Le festival du film à Marrakech figure dans le palmarès des grandes rencontres du 7ème art au même moment, ô paradoxe, où les salles de cinéma se rétrécissent comme peau de chagrin. Ce qui était une gageure est désormais un pari gagné. Il y a même une industrie de cinéma, qui avait commencé par le simple cadre géographique du lieu, pour tourner le film «La dernière tentation du Christ» de MartinScorsese à Ouarzazate avec un mobilier de pacotille et quelques figurants bon enfant. On n’y est plus. Le Hollywood marocain à Ouarzazate est désormais une réalité reconnue de par le monde.
Par Hassan Aourid
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