Le nationalisme marocain est l’œuvre d’une génération jeune, dont les figures de proue (Bennouna, Soussi, El Fassi, Torres, El Ouazzani, Balafrej…) sont natifs des années 1908-1914. Leur enfance est donc marquée par lAmertume et l’impuissance de leurs aînés face aux temps troublés que vit le Maroc : la perte de l’indépendance et l’installation brutale du fait colonial, avec son lot d’humiliations et de mise en minorité des Marocains. Les intelligentsias de l’époque, partagées entre une option identitaire fermée au modernisme du siècle précédent et une option utilitariste qui ne rêve que de singer l’Occident, n’arrivent pas à penser efficacement l’insertion du pays dans le monde moderne. Le choc de la modernité est tellement fort que les enfants des villes grandissent dans la peur du colon et l’acceptation résignée des brimades. La dignité bafouée des Marocains ne trouve un semblant de réconfort que dans l’écho des opérations de jihad menées par des tribus dans la campagne. Il est d’ailleurs instructif de signaler que les autorités coloniales avaient réparti le Maroc en zone soumise (les villes et les plaines) et zone insoumise (les montagnes et le Sahara). C’est de cette «guerre soumise» d’une l’intelligentsia traumatisée que naît le nationalisme marocain, porté par une jeunesse dont la fougue et l’inventivité sont restées jusque-là insoupçonnées.









































