Le terme de «Vieux Marocains» est polysémique. Il renvoie aux premiers pionniers de migrants européens, bien avant le protectorat, même s’ils étaient pour la plupart des Français, ils n’en étaient pas exclusifs. Le terme n’est utilisé que dans le «Maroc français» et n’englobe pas la partie qui fut sous domination espagnole, au Nord particulièrement.
On peut remonter la venue des Vieux Marocains, avant 1912, avec quelques fleurons, puis avec la première vague accompagnant l’établissement du Protectorat d’une émigration sélective sous Lyautey. Il y eut un déferlement avec le deuxième résident général, depuis 1926. On assista à un ralentissement dans les années 1930, jusqu’en 1936 où il y eut une reprise, avec l’arrivée au pouvoir en France du Front Populaire. Si le contexte de l’après Deuxième guerre mondiale, atteste d’un flux migratoire conséquent, on ne peut parler alors de Vieux Marocains. Mais ni le contexte, ni les motivations ne préfigurent un lien affectif avec le pays. Cette catégorie, mue par le gain et l’aventure, et qui n’a pas d’attaches affectives avec le pays, ne rentre pas dans la catégorie des Vieux Marocains. Il est à signaler que le Maroc a constitué aux yeux des Français de France et ceux d’Algérie la terre d’opportunité ou le Far West. Mais les migrants n’étaient pas que des Français, il y eut des Espagnols fuyant le franquisme, des Grecs s’échappant de la misère et la guerre civile des Russes fuyant le communisme. Ils rentrent tous dans la catégorie de Vieux Marocains. Le terme de Vieux Marocains était accolé aux Européens venus s’établir au Maroc à la suite des accords commerciaux conclus entre le sultan Moulay Hassan et les différents pays européens à la fin du XIXème siècle. Français, Espagnols, Anglais et Allemands s’établirent dans des villes côtières, sous la protection de leurs consuls, et parfois de missions militaires. Il y eut une petite colonie majorquine qui prospérait à Mazagan. À Safi, il y eut une famille de vieux Marocains issue de migrants espagnols. Aurore Martinez, «vieille Marocaine» née à Safi en 1903, rapporte que dans cette ville, «le clergé, les écoles de garçons et de filles, le médecin étaient espagnols, subventionnés par l’Espagne».
Par Hassan Aourid
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