Et si l’arabité transcendait les frontières convenues du monde arabe? Plus à l’est, en Asie, plus au sud, en Afrique, ou plus à l’ouest, en Amérique Latine, certaines communautés font état ou revendiquent une ascendance arabe. Des origines profondément liées à la conquête islamique, l’esclavage, le commerce et la migration vers un monde meilleur.
Au nord du Cameroun vivent les Arabes Choa (ou Suwa). Arabophones (arabe tchadien), ils sont issus d’un métissage d’Arabes «blancs», d’Ethiopiens, de Peuls et de noirs soudanais originaires de l’île de Choa dans la région du Nil en Egypte. Encore aujourd’hui, ils sont parfois considérés comme des étrangers, voire des allogènes. Leur arrivée aux abords du lac Tchad (côté Cameroun), et ce en passant par le couloir du Kodorfan et par le Darfour, remonte pourtant au VIIIème siècle. Au départ, ces Arabes Choa étaient des pasteurs nomades déjà islamisés. «Mais, peu à peu, les conditions du milieu de vie et la rareté des pâturages due à la désertification progressive les a transformés en agriculteurs-éleveurs sédentaires et semi-sédentaires. Doit-on conclure qu’ils sont responsables de l’islamisation de toute la région ? Difficile à l’affirmer avec certitude. Toujours est-il que l’islam fut introduit dans la région du Lac Tchad au XIème siècle par des groupes de populations arabes venus de l’Egypte mais non identifiés», écrit Antoine Socpa, anthropologue à l’Université de Yaoundé, au Cameroun. Dans cette même zone géographique vivent également les Kotoko, considérés comme les autochtones originels mais islamisés au fil du temps. Les deux communautés entretiennent depuis très longtemps des rapports conflictuels. D’une part, les Arabes Choa sont convaincus de leur supériorité car «blancs», et estiment être à l’origine de l’islamisation des Kotoko. D’autre part, les Kotoko, au fil de l’histoire, ont traité les Arabes Choa comme de potentiels envahisseurs. «Dans les Etats Kotoko, les Arabes sont parqués sur des bandes de terres arides, infertiles ou dans des zones marécageuses. Leur sujétion aux suzerains kotoko est alors totale. Bien qu’ils soient de gros contribuables au sein des principautés Kotoko, ils sont exclus de l’espace politique. En somme, les Arabes Choa sont marginalisés, exclus et réduits au sous-développement (…) tout comme ils le seront plus tard également par l’administration coloniale», poursuit Antoine Socpa.
Par Nina Kozlowski
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