Plus que des fonctionnaires, les caïds du Maroc précolonial sont de vrais chefs de territoires, avec toutefois des pouvoirs dont l’étendue varie selon la puissance du Makhzen central.
Pour avoir une idée sur l’étendue de la puissance des caïds dans le Maroc d’avant le Protectorat, il faudrait connaître l’étendue du territoire qu’ils contrôlent et la nature des relations qu’ils entretiennent avec le Makhzen central. Mais là où le bât blesse, c’est que les historiens ne sont pas d’accord sur le nombre des caïdats (territoire contrôlé par un caïd) dans le Maroc précolonial. Il semble cependant qu’il y ait une tendance générale : plus on s’oriente vers la fin du XIXe siècle, plus le nombre des caïds augmente et donc leur puissance diminue. On peut même hasarder que le nombre approximatif des caïds est passé de quelques dizaines du temps du sultan Moulay Slimane (1792-1822) à quelques centaines vers la fin du règne du grand sultan Hassan Ier (1873-1894). Jules Erckmann, dans son livre phare Le Maroc moderne, affirme que le nombre total des caïds est passé de dix-huit (chiffre peu probable, sinon ils seraient de véritables roitelets et donc dangereux pour le roi) à quelque trois cent trente. Erckmann ne montre pas sur quel genre de documents ou de sources il s’appuie pour avancer de tels chiffres. Mais, étant un observateur direct et averti des réalités du Maroc hassanien, on peut lui faire confiance pour le dernier chiffre. De fait, Erckmann aurait très probablement préparé puis rédigé son ouvrage entre la fin des années soixante-dix et le début des années quatre-vingt du XIXe siècle. Il est donc contemporain des faits. C’est le sultan Moulay Hassan Ier qui, en réformant l’administration makhzénienne territoriale, procède à une augmentation spectaculaire du nombre des caïds.
Par Maâti Monjib
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