Depuis son intronisation, le Roi Mohammed VI a insufflé un vent de fraicheur sur la culture marocaine. De la musique au cinéma, et de la peinture à la réhabilitation du patrimoine, en passant par une ambitieuse politique des festivals et un vrai intérêt pour les musées et la consolidation des archives nationales, il est évident que la culture, anciennement parent pauvre des politiques d’état, est devenue un véritable axe de développement. Avec beaucoup de réalisations et de réussites, mais aussi avec la persistance de zones d’ombre, de blocages institutionnels et de réflexes conservateurs, en somme avec des «plus» et des «moins», la politique mohammedienne repose sur des fondamentaux et ne doit rien au hasard. C’est cette politique, avec ses (nombreux) hauts et (quelques) bas, que Zamane sonde à travers le dossier du mois. Une enquête dans l’air du temps, qui relie le Maroc d’hier à celui d’aujourd’hui… Et certainement de demain aussi.
S’il y a un point de départ ou un catalyseur, peut-être faudra-t-il le situer au moment où les islamistes, dès la fin des années 1990, ont commencé à investir les plages du royaume. Longtemps «invisiblisés», les militants ont improvisé une série de «festivals», à mi-chemin entre le moussem, la fête foraine et la grand-messe, à même le sable. Avant d’être sévèrement réprimés, voire interdits, ces meetings d’un genre nouveau ont directement inspiré ce qui deviendra la marque de fabrique du règne de Mohammed, alors à peine naissant : la politique des festivals. Cela a commencé par l’animation des plages, retirée des mains des islamistes pour être confiée aux associations locales, aux conseils communaux et à des sponsors soigneusement triés parmi les grands opérateurs économiques. Le coup d’envoi était donné. Dans la foulée, des dizaines, voire des centaines de festivals allaient voir le jour, touchant à des secteurs aussi divers que le cinéma, la musique, les arts urbains, etc. À côté de l’existant, avec des festivals comme le moussem d’Asilah, qui n’a jamais perdu son souffle, d’autres événements allaient surgir et se transformer, en peu de temps, en de véritables institutions. Deux retiennent particulièrement l’attention, parce qu’ils disent à peu près tout, chacun à sa manière : le festival Mawazine de Rabat et celui du Boulevard (ou L’Boulevard) des jeunes musiciens de Casablanca.
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