Majoritairement Français, avec des minorités espagnoles, anglaises ou italiennes, les «vieux Marocains» ont fait du Maroc leur seconde patrie, se considérant comme des pionniers ayant participé à la construction d’un «nouveau pays». Qui sont ces Européens qui ont investi le Maroc, essentiellement entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle ? Quels étaient leurs rapports avec la société marocaine, qu’ils désignaient d’une manière condescendante par le vocable «indigènes» ou «autochtones» ? Qu’ont-ils réellement apporté et quelle était leur place à l’intérieur de la société coloniale ? Zamane aborde une enquête inédite. Le vocable même de «vieux Marocains» a été oublié, au moins depuis la fin du protectorat. Beaucoup de personnages clés ont disparu et semblent n’avoir laissé aucune trace. Et pourtant !
Si l’histoire officielle les a pratiquement effacés de ses répertoires, la mémoire collective garde encore certaines de leurs traces. C’est sur ces traces, parfois surprenantes et inattendues, que notre enquête du mois vous emmène pour un nouveau voyage…
On peut remonter la venue des Vieux Marocains, avant 1912, avec quelques fleurons, puis avec la première vague accompagnant l’établissement du Protectorat d’une émigration sélective sous Lyautey. Il y eut un déferlement avec le deuxième résident général, depuis 1926. On assista à un ralentissement dans les années 1930, jusqu’en 1936 où il y eut une reprise, avec l’arrivée au pouvoir en France du Front Populaire. Si le contexte de l’après Deuxième guerre mondiale, atteste d’un flux migratoire conséquent, on ne peut parler alors de Vieux Marocains. Mais ni le contexte, ni les motivations ne préfigurent un lien affectif avec le pays. Cette catégorie, mue par le gain et l’aventure, et qui n’a pas d’attaches affectives avec le pays, ne rentre pas dans la catégorie des Vieux Marocains. Il est à signaler que le Maroc a constitué aux yeux des Français de France et ceux d’Algérie la terre d’opportunité ou le Far West. Mais les migrants n’étaient pas que des Français, il y eut des Espagnols fuyant le franquisme, des Grecs s’échappant de la misère et la guerre civile des Russes fuyant le communisme. Ils rentrent tous dans la catégorie de Vieux Marocains.
Par Hassan Aourid
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