Certains faits, à force de se répéter, finissent par révéler une constante. L’absence délibérée de certains organes de presse lors de manifestations culturelles au Maroc n’a rien d’anodin. Elle traduit une volonté de contrôle de la narration. Le festival d’Essaouira porté par Neila Tazi, ou encore Mawazine, dirigé par Ahizoune, ex PDG de Maroc Télécom, -aujourd’hui (toujours) président de la Fédération royale marocaine d’athlétisme- en offrent des exemples emblématiques. D’autres rendez-vous comme Jazzablanca ou les Musiques sacrées de Fès s’inscrivent dans la même logique d’entre-soi, soigneusement tenu à l’écart du regard critique.
La culture populaire est certes un levier économique, mais elle est d’abord, et de loin, un levier culturel. C’est elle qui forge la personnalité d’un pays, d’une nation. Promouvoir cette culture nécessite une véritable armature intellectuelle : une connaissance de l’histoire, un respect du patrimoine, une vision. Elle ne s’improvise pas, ne se bricole pas. Elle est le fruit de siècles d’élaboration, de transmission et de résistance. Le peuple marocain s’est construit à travers ses productions culturelles, et non à coups de scènes sponsorisées.
Or, aujourd’hui, au Maroc, de nombreux promoteurs, dans des domaines variés, investissent le marché de la culture, en particulier celui de la musique, avec pour seules armes les outils du marketing. Festivals à gogo, matraquage médiatique, embouteillages d’événements… mais sans profondeur. Le spectacle prime, le contenu recule. La culture devient décor, et la mémoire, optionnelle.
Ils exploitent le substrat culturel ancestral à des fins purement de profit. L’objectif est de séduire le plus grand nombre, surtout les jeunes, perçus non comme des héritiers d’un patrimoine, mais comme des consommateurs faciles à capter. Cette logique marchande piétine la profondeur historique et réduit la culture en un bien de consommation rapide.
D’où vient cette indigence intellectuelle? De la rupture délibérée avec l’histoire. Nombre de ces promoteurs ignorent l’histoire du Maroc, dans sa complexité et sa richesse. Plus grave encore : ils s’en détournent consciemment. Leur modèle n’est pas enraciné dans le pays, mais calqué sur des recettes internationales décontextualisées. Cette déconnexion volontaire avec le réel ne peut produire que du creux, du jetable, du superficiel.
Dans ce paysage, Zamane représente une exigence, un regard, une mémoire. La méfiance à son égard dit tout du malaise : on ne veut pas de conscience critique, on préfère la cour des flatteries. Mais ceci est un symptôme qui montre l’étendue du déséquilibre. Car une manifestation culturelle sérieuse ne peut ignorer le poids de l’histoire, ni se contenter de divertir sans transmettre.
Réhabiliter la culture populaire, ce n’est pas s’enfermer dans la nostalgie. C’est reconnaître qu’elle est un vecteur de sens, un levier de pensée, un espace de réinvention. Cela suppose d’assumer la complexité, de dialoguer avec la mémoire, de respecter les savoirs. Et surtout, de ne pas confondre culture et publicité, création et événementiel.
Le Maroc mérite mieux qu’un carnaval permanent d’images vides.
Zamane






































