Dans cette édition qui se tient à Paris, la présence du Maroc est particulièrement remarquée à travers la participation de l’artiste Saïd Messari qui vit entre Madrid et le Maroc. Saïd explore la fragilité du souvenir et l’effacement progressif des identités. Cette réflexion l’a amené à déplacer son langage plastique vers des formes plus incarnées, où la figure humaine apparaît comme une trace, un vestige ou une présence en suspens.
Sa démarche se construit dans le croisement de plusieurs pratiques : gravure, papier mâché, peinture acrylique, dessin ou encore collage dialoguent dans un même espace de création. Les matières, les surfaces et les reliefs composent un univers où les figures anonymes émergent de textures complexes et stratifiées.
Au cœur de cette recherche, le papier cesse d’être un simple support. Découpé, assemblé, façonné, parfois produit artisanalement par l’artiste lui-même, il devient matière vivante, volume et mémoire tactile. Entre deux et trois dimensions, les œuvres développent une présence presque sculpturale qui élargit le regard vers une expérience à la fois visuelle, matérielle et émotionnelle. Les raisons de sa participation à la Biennale sont expliquées dans ce texte qu’il a écrit lui-même : «Ma participation à cette Biennale, en tant qu’artiste invité aux côtés de ma collègue espagnole Eva Pujol Saborit, est née d’un dialogue généreux avec l’organisation, qui nous a confié deux peintures murales à l’entrée de l’événement. Sous l’impulsion du CEC, un collectif qui revendique depuis une décennie le carton comme matrice alternative face au zinc, au bronze ou à l’offset. Mon œuvre s’immerge dans cette ligne d’avant-garde qui élargit les horizons de la gravure traditionnelle».
En effet, la Biennale internationale du Carton Gravé est un événement singulier consacré à une pratique contemporaine de l’estampe utilisant des matrices en carton. Portée par le collectif d’artistes Carton Extrême Carton, elle réunit depuis plusieurs éditions des créateurs venus de divers horizons autour d’une même exploration : faire du carton un véritable support d’expérimentation plastique, loin de son statut habituel de matériau éphémère. Saïd explique cette relation au carton en mettant en évidence la poéticité du support : «Il n’est pas un simple récepteur, mais l’âme de l’œuvre. J’utilise du papier artisanal que je fabrique moi-même, où l’absence de pigment laisse toute la place à la pureté de la cellulose. C’est dans la subtilité des blancs, avec leurs diverses tonalités et nuances, que le gaufrage émerge comme langage principal».
Ce qui est attirant dans cette démarche et cette technique, c’est que le coût de l’œuvre est considérablement réduit. Le carton peut être fabriqué, tout comme il peut être récupéré afin d’être réutilisé. Le matériel de gravure est lui aussi simplifié. Une démarche qui devrait intéresser les jeunes artistes ainsi que les écoles de formation artistique dans notre pays.
Par Moulim El Aroussi









































