D’Alger à Mossoul et Basra, et du Machrek au Maghreb, l’Empire ottoman a connu une expansion exceptionnelle, englobant la totalité de la sphère arabo-musulmane. Exception faite d’al-Maghreb al-Aqsa, et ce n’est pas manque de volonté de la Sublime Porte. À l’instar de l’irréductible village des gaulois d’Astérix et Obélix face aux puissantes légions romaines dans la BD française d’Uderzo et Goscinny, les Chérifs Saâdiens puis Alaouites résistent aux coups de butoir répétés des Turcs depuis leur Régence d’Alger. Radiographie.
D’emblée, faut-il rappeler que l’Empire chérifien a échappé de très peu à la domination turque. Fès, la capitale de l’Empire, n’a-t-elle pas été occupée par les forces d’Istanbul en 1554, puis en 1576, avant d’être reprise par les Marocains ? Cette entrée en matière subite des Turcs dans le paysage marocain n’est pas uniquement à mettre sur le compte de l’irrésistible machine de guerre ottomane, mais également sur la faiblesse chronique de la dynastie des Wattassides accessoirement en déclin. Face à cette situation alarmante, des chérifs vont prendre le taureau des événements par les cornes du jihad. Ce sont les prémisses de la dynastie chérifienne des Saâdiens. N’allons toutefois pas vite en besogne et suivons pour cela les événements à petits pas. Tout débute avec le chérif Mohamed Cheikh el-Mahdi (1491-1557). C’est en 1549 qu’il investit la ville de Fès. Aussitôt une délégation tlemcénienne vient à sa rencontre. Elle sollicite de sa part une aide militaire afin de chasser les Turcs de la région de Tlemcen. La sollicitation est loin d’être tombée dans l’oreille d’un sourd puisque le nouvel homme fort de Fès envoie une expédition de trente mille hommes vers la ville algérienne. À sa tête un de ses fils. Tlemcen tombe sans combattre, le sultan de la ville ayant fui à l’annonce des troupes marocaines. Le fils du Chérif ne s’arrête pas en si bon chemin. Il pousse une pointe jusqu’à la ville de Mostaghanem afin de s’assurer un avantage stratégique sur les Turcs. En attendant, ces derniers, surpris par l’offensive chérifienne, ne bougent pas d’un iota. Seulement dans un premier temps. Par la suite, la contre-offensive turque sera sévère. Non seulement Tlemcen sera reprise aux Marocains mais les Turcs, armés d’arquebuses, feront la différence.
Par Farid Bahri
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