En moins d’un demi-siècle, c’est-à-dire entre 1844 et 1894, l’Empire chérifien sera empêtré dans trois guerres contre des Etats occidentaux. Une confrontation avec la France, celle d’Isly, puis deux conflits avec l’Espagne, Tétouan en 1859-1860, puis Melilia en 1893. C’est ce dernier, sur lequel les chroniques s’attardent beaucoup moins, que Zamane vous propose ici de parcourir. Récit.
Port méditerranéen prospère, «terminus des caravanes qui amène l’or du Soudan à travers le Sahara», comme nous le rappelle l’historien Joseph Pérez dans son «Histoire de l’Espagne» (Fayard, 1996), Melilia est la première ville marocaine à tomber en 1494 directement dans l’escarcelle coloniale de la très catholique Espagne de la Reconquista. Elle sera le tout premier jalon de l’expansionnisme ibérique sur le littoral sud du Mare Nostrum. Celui-ci va s’étendre en 1515 de Melilia à Bougie (Bejaïa). Cette conquête espagnole va priver le Maroc à compter de la fin du XVème siècle d’un débouché-clé sur la Méditerranée. Quoi qu’il en soit, Melilia demeure aujourd’hui, avec Sebta, encore un préside espagnol. Mais ceci n’est qu’un secret de polichinelle. Les efforts chérifiens pour la rapatrier dans le giron national seront vains à tel point que le Makhzen va indirectement déléguer la résistance aux tribus environnantes. Venons-en maintenant à la fin du XIXème siècle. À coup sûr, le contexte historique et géopolitique n’est plus du tout identique. Si, à première vue, le XVème et le XIXème siècle représentent un moment fort de l’expansionnisme européen, les tenants et les aboutissants ne sont pas du tout identiques. En 1893, faut-il le rappeler, l’Empire chérifien, de tous les pays du Maghreb, est le seul à se maintenir libre et souverain. Cette sorte de disponibilité territoriale attire et attise les convoitises impériales, par-dessus tout de la France qui rumine le rêve d’additionner le Maroc à son empire maghrébin.
Par Farid Bahri
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