Nous sortions de l’adolescence. Bercés d’idéaux, de Gavroche, la poitrine offerte nue aux barricades, de «Hassan Terro» dans les rues d’Alger et cette voix quotidienne, solennelle aux informations à la télévision marocaine : «Le Vietnam !», et les victoires des va-nu-pieds sur le titan yankee !
Comme par hasard, à la même période, Nass El Ghiwane allaient faire une entrée tonitruante dans la scène musicale, concurrençant les artistes pop de Woodstock tels que Joan Baez, Jimi Hendrix, Bob Dylan, et Cheikh Imam. Les échos de mai 1968, de la révolution culturelle maoïste, et surtout l’émergence de la résistance palestinienne et de son aile gauche, le FPLP de Georges Habache et le FDLP de Nayef Hawatmeh, nous donnaient le sentiment d’être partie prenante d’un moment historique majeur !
Certains d’entre nous étaient des élèves et étudiants appliqués et réservés, d’autres étaient islamistes, et d’autres encore essayaient d’être plus radicaux que tous les autres. Mais aucun ne se réclamait du Pouvoir !
Avec la témérité altière de la jeunesse, notre mouvement s’est lancé à l’assaut de l’absolutisme, du féodalisme, de l’impérialisme, du réformisme et du révisionnisme. Réunis et armés de courage, et de rudiments de marxisme-léninisme «pour les Nuls», nous nous sommes engagés dans la route pour construire le parti du prolétariat, dirigeant de la révolution.
L’embryon de notre mouvement marxiste- léniniste marocain est resté en gestation depuis les évènements du 23 mars 1965. Des noyaux ont été constitués à Casablanca, d’anciens lycéens ayant participé au 23 mars, à Fès et à Marrakech, avec des contacts à Rabat, pour la plupart des militants de l’UNFP. Parallèlement, un courant similaire s’est constitué au PLS (ex-parti communiste marocain et futur PPS) autour d’Abraham Serfaty.
Les noyaux de Casablanca, Fès et Marrakech se sont réunis en 1969, puis ont constitué, le 23 mars 1970, l’Organisation qui portera le nom éponyme. La deuxième Organisation issue du PLS est fondée le 30 août 1970 et portera, à partir de 1973, l’appellation Ilal Amam. La répression n’attendra pas, puisqu’un premier grand coup de filet a lieu entre janvier et mai 1972, et qui affectera durement les deux Organisations (et une troisième encore, qui était clandestine). Le deuxième grand coup de filet a lieu en 1973 et décapitera les dirigeants lycéens du Mouvement, membres de l’organisation commune : le Syndicat national des lycéens.
Le troisième coup, le plus terrible, a frappé entre l’hiver 1974 et le début de l’année 1976, une bonne partie des cadres dirigeants des deux Organisations, qui n’étaient pas loin de l’anéantissement. La direction d’Ilal Amam ayant été appréhendée, ainsi qu’une bonne partie de celle du «23 mars», qui a pu faire échapper plusieurs dirigeants à destination de la France où ils ont rejoint leurs camarades rescapés de la vague de 1972.
Les quelques morceaux d’années pendant lesquels ces Organisations ont pu agir, ont permis à cette nouvelle gauche d’asseoir son influence dans le milieu estudiantin, conquérant même la direction de l’UNEM, de recruter des dizaines de lycéens au sein du Syndicat national des lycéens et d’avoir une influence certaine chez les intellectuels à travers la revue «Souffles», le théâtre amateur et le monde des ciné-clubs.
Mais l’essentiel de l’existence de notre Mouvement, de son action et ses «faits d’armes», jusqu’aux années 1980, s’est déroulé en détention à Casablanca, puis à la Prison Centrale de Kénitra. Avec, comme appui du peuple, le mouvement des familles, des mères admirables, qui nous ont soutenu et étayé notre résistance…
Par Mostafa Meftah







































