Cinéaste connu et reconnu, on lui doit de nombreux succès publics et/ou critiques du cinéma marocain. «Femmes et femmes», «Soif», «Jawhara», «Islamour»… L’œil vif, toujours attentif aux détails, cet éternel jeune homme n’a rien perdu de la passion et de la foi qui l’habitaient quand il a mis le pied à l’étrier, il y a un demi-siècle déjà. Il est question ici de cinéma et de vie, de réflexions sur le temps qui passe, des années 1950 à aujourd’hui…
De quoi sont faits vos souvenirs d’enfance : vous emmènent-ils à Fès, où vous êtes né, ou à Casablanca où vous avez grandi ?
Certainement et continuellement vers les deux villes et vers les lieux marquants qu’elles contiennent et qui restent vivants dans ma mémoire. Autant les souvenirs d’enfance à Fès gardent un goût nostalgique de cette ville, et particulièrement sa médina, avec les mouvements continus de sa population, avec ses ruelles entre obscurité et lumière, ses zones commerçantes et celles résidentielles qui contiennent des maisons/musées dès qu’on ouvre leurs portes ; et surtout avec les événements qu’elle avait vécu à cette époque, notamment l’annonce de l’indépendance du pays en 1955 et les réactions festives de la population. Autant les souvenirs de l’adolescence à Casablanca étaient empreints d’images tentaculaires et multiformes, parfois douloureuses ; les événements de Mars 1965, et d’autres fois studieuses et instructives. C’est certainement à cette époque que l’instruction civique et politique ce sont forgés, dans le bouillonnement culturel et politique que la ville, et partant le pays, connaissaient dans les années 1970. La mémoire de l’adolescent que j’étais enregistrait consciemment ou pas toutes ces péripéties que vivait cette grande métropole : mouvements estudiantins, revendications ouvrières et surtout activités culturelles foisonnantes.
Comment la vocation artistique, qui est d’abord l’affirmation de l’individu, peut-elle naître quand on est, comme vous, issu d’une famille nombreuse ?
La fratrie nombreuse est source de comparaison, de compétitivité saine et donc de richesse mutuelle. Par exemple, en termes de résultats scolaires, le père exigeait de tous les enfants d’être parmi les trois premiers de leurs classes. Personne n’avait le droit d’être quatrième ou moins encore. Les rares fois où cela se produisait, la sentence était variée et parfois sévère. Ceci vous confère l’obligation de chercher la réussite et l’excellence. En outre, cette recherche vous pousse aussi à aspirer à vous distinguer des autres et vous met en quête de trouver votre propre voie. C’est probablement grâce à cette démarche et à d’autres facteurs conjoncturels que la vocation artistique s’était imposée d’elle-même.
Propos recueillis par Karim Boukhari
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