Au XVIème siècle, la pression sur l’Empire chérifien est double. Elle est exogène avec les Portugais. Elle est endogène avec les fléaux. C’est sur ces malheurs existentiels que va surfer un mahdi et imam autoproclamé, Ibn Abi Mahalli dit également Abu Mahalli, pour porter la dragée haute aux Saâdiens. Anatomie d’une rébellion sans pareil, qui a secoué les fondements de l’Etat marocain de l’époque.
C’est principalement sous la dynastie des Saâdiens (1554-1659) qu’un fait de société bien particulier fait son apparition dans l’Empire chérifien. Il se poursuivra par la suite, caractérisant ainsi et à perpétuelle demeure le champ religieux au Maroc, à savoir la religion populaire marquée par le soufisme et le confrérisme. Tout cela macérant dans une atmosphère millénariste de fin des temps. Aucun étonnement à ceci. Et pour preuve. Le calendrier hégirien est son propre porte-voix. Les années 1591-1592 de l’ère chrétienne correspondent peu ou prou à l’an 1000 de l’ère musulmane. «C’était une croyance universelle au Moyen-Âge, que le monde devait finir avec l’an Mille de l’incarnation. Cette fin d’un monde si triste était tout ensemble l’espoir et l’effroi du Moyen-Âge», écrit le grand historien romantique français Jules Michelet au XIXème siècle dans sa monumentale «Histoire de France». Les mêmes causes ayant les mêmes effets, ainsi en ira-t-il pour l’an 1000 de l’Hégire correspondant peu ou prou à 1591-1592. «Au Maroc l’essor d’une religion populaire (le soufisme et les confréries) à partir du XVIème siècle est probablement à relier à la misère et à l’inquiétude qui règne après la peste noire. Un mahdi, Abu Mahalli, surgit après douze ans de peste, de famines et de guerres civiles», circonstancie l’historien Bernard Rosenberg dans «Société, pouvoir et alimentation, nourriture et précarité au Maroc précolonial» (Alizés, 2001).
Par Fouad Ribah
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