Discret mais omnipotent, Philippe Boniface est l’archétype du haut fonctionnaire d’un Protectorat conservateur. Ayant servi sous tous les résidents généraux, celui qui deviendra l’équivalent d’un tout puissant ministre de l’Intérieur incarne la répression en faveur des intérêts coloniaux. Le parcours marocain de ce Corse d’origine commence aux premières années du Protectorat. Natif de Paris en 1892, il a seulement 23 ans lorsqu’il débarque, en 1915, dans un Maroc loin d’être entièrement soumis à l’autorité coloniale. D’abord simple interprète, puis contrôleur civil avant d’être propulsé à la direction des Affaires politiques en englobant au passage tout l’appareil sécuritaire de la région de Casablanca, son ascension est aussi fulgurante que décisive dans l’histoire coloniale du royaume. Son rôle dans l’organigramme du Protectorat est si essentiel que ses soutiens s’arrangent pour prolonger sa fonction malgré l’âge limite de la retraite. Son départ de la fonction publique ne l’empêche pas pour autant de demeurer actif dans la défense des intérêts coloniaux. Fort d’un réseau de fidèles ultras et d’une solide implantation dans le milieu des affaires, Boniface demeure jusqu’au bout un véritable cauchemar pour les nationalistes marocains.






































