Artistes, écrivains, diplomates, militaires, captifs… Ils ont tous séjourné au Maroc et choisi de le raconter. A leur manière, bien sûr. Le miroir qu’ils nous tendent, au fil des siècles, nous offre un témoignage contrasté, mais souvent passionnant, qui en dit long sur notre réalité. Et la leur.
La littérature dite de voyage n’est pas le plus noble des genres littéraires. Il lui manque la rigueur des historiens et des scientifiques, mais aussi ce côté personnel, intime, des grands écrivains. Cela dit, on aurait tort de négliger ce genre à part entière. Il implique une «gaucherie» et un côté premier degré, brut de décoffrage, qui lui confère une certaine sincérité. Mais il faut s’y aventurer prudemment, avec des gants et des pincettes. Avec un filtre aussi pour séparer le bon grain de l’ivraie. C’est à cette condition et avec cette précaution que cette littérature particulière, faite de récits directs, aux allures parfois de comptes rendus et de reportages, voire de relations ou de témoignages, arrive à nous tendre un miroir. Non seulement du pays, ici le Maroc, mais aussi des prescripteurs, c’est-à-dire les auteurs eux-mêmes et la culture à laquelle ils appartiennent. Malgré ses clichés et ses préjugés, ses stéréotypes, ses relents suprématistes ou colonialistes, son exotisme, cette littérature-là mérite d’être examinée avec sérieux. Parce que riche en enseignements et souvent agréable, plaisante. Et par-dessus tout informative. À une ou deux exceptions près, nous avons choisi d’écarter les analyses scientifiques des grands historiens, souvent froides et académiques. La sélection que nous vous proposons repose d’abord sur le récit, l’anecdote, les petites choses du quotidien, en prise avec la réalité du terrain. Ce n’est pas seulement par souci d’originalité. L’idée est de s’emparer directement, sans analyse intermédiaire, de ce miroir et de ce reflet de la société marocaine du passé. Et de comprendre au passage la perception européenne et américaine de cette entité que l’on désigne souvent par l’Empire chérifien.
Par Karim Boukhari
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