En l’espace de sept ans, le secteur culturel marocain a pris de sévères coups sur la tête. Répression, marocanisation, chantage au patriotisme et piratage, sonneront le glas d’une époque féconde.
16août 1972. Hassan II est victime d’une seconde tentative de coup d’Etat. Alors qu’il revient au Maroc, après un séjour en France, son Boeing royal est pris en chasse par six F-5 dans le ciel de Tétouan. La suite est connue. Red Flight -nom de code donné à cette opération- est un échec. Le roi, déjà ciblé par un putsch en juillet 1971, s’en sort vivant et plus puissant que jamais. L’armée est purgée et placée sous le commandement exclusif du monarque. Une année plus tard à peine, c’est au tour de l’UNFP, déjà bien abimée, d’être terrassée une bonne fois pour toutes. La branche armée du parti socialiste, sous l’égide de Fqih Basri, prévoyait d’allumer des foyers d’insurrection à différentes endroits du pays, mais là encore la tentative se solde par un cinglant échec. Résultat ? Les guérilléros sont arrêtés ; et le pouvoir profite de l’occasion pour purger la gauche. Des centaines de personnes sont arrêtées, souvent torturées. 159 d’entre eux seront jugés et condamnés. On l’aura compris, en 1973, la sinistrose envahit le Maroc; les années de plombs (déjà entamées depuis 1965) s’installent définitivement. Dès lors, la culture, qui était devenu un refuge, un nouveau front de combat pour de nombreux Marocains, en prend un sérieux coup. La revue «Souffles», par exemple, est présentée comme pièce à conviction contre plusieurs militants, étudiants ou lycéens, au tribunal de Casablanca; sous entendant ainsi que les « intellos » de gauche sèment la fitna. Plus globalement, l’Etat règle ses comptes avec l’Université. Cette dernière, considérée comme une usine à dangereux révolutionnaires, est privée de philosophie. Elle subit également un «coup de sang arabisant». Les enseignants, marocains et français, souvent campés à gauche, sont remplacés par des professeurs originaires d’Irak, de Syrie et d’Egypte. Petit à petit donc, dominée par la peur et l’autoritarisme, la pensée se sclérose.
Par Younes Messoudi
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