Retour sur la success story d’une ville modèle née d’une plaine, d’une tribu, d’un carrefour oublié… et de quelques bonnes idées.
Avant que les bulldozers ne viennent mordre la terre ocre de la plaine des Rhamna, Ben Guerir n’était guère plus qu’un point sur la route poussiéreuse reliant Marrakech à Casablanca. La ville doit son nom à la tribu des Rhamna, confédération ancienne qui occupait ce vaste plateau semi-aride situé à 70 kilomètres au nord de la cité ocre. Pendant des siècles, ces terres vivaient au rythme des saisons, de l’élevage et d’une agriculture fragile, soumise aux caprices d’un climat marqué par la sécheresse. Rien, en apparence, ne prédestinait ce bourg modeste à devenir l’un des centres névralgiques de l’économie marocaine.
La ville elle-même est de fondation récente. Née au tout début du XXème siècle, elle connut pendant des décennies une croissance extrêmement lente, celle d’un marché rural périodique qui ne justifiait pas encore d’infrastructure notable. En 1971, elle comptait quelques milliers d’habitants à peine. Rien ne laissait présager le bouleversement qui allait suivre, venu non pas du ciel mais des profondeurs de la terre.
Pour comprendre Ben Guerir, il faut remonter bien avant l’histoire humaine, jusqu’à une époque où la plaine des Rhamna était recouverte par une mer peu profonde et chaude, il y a entre 65 et 40 millions d’années. Dans ces eaux grouillantes de vie marine, des organismes microscopiques mouraient par milliards, se déposaient sur les fonds et s’accumulaient en couches sédimentaires riches en phosphore. Comprimées par le poids des millénaires, ces couches sont devenues ce que les géologues appellent le phosphate : cette roche grise et friable que l’on surnomme aujourd’hui l’or blanc du Maroc.
Par Younes Mesoudi
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