Dans une voie délabrée qui bifurque du village de Beni Ensar (ou Aït Nsar), se trouve une maison vétuste qui «pue» l’histoire, pour paraphraser Sartre. C’est la maison de Mohamed Khadir El Hammouti, un enfant du bled, qui a fait cause commune avec la guerre de libération algérienne.
Jes grands du FLN (Front de Libération Nationale) le désignent en tant que pupille de la révolution, et les enfants du cru en tirent une fierté mêlée d’amertume. Hammouti a acquis dans le discours tiers-mondiste l’épithète de soldat africain. La maison en ruine garde en mémoire une des séquences marquantes de l’histoire de l’Afrique du Nord. C’est là qu’avait habité Mohamed Boudiaf pour un moment, et grand nombre de dirigeants de la révolution algérienne ont fait leur carrousel dans cette demeure, qui n’était pas que demeure : Hafid Boussouf, Larbi Ben Mhidi, Houari Boumediene, Krim Belkacem, Abdelaziz Bouteflika, etc. C’était aussi une cache d’armes. Elle n’abritait pas moins le secret des compagnons d’armes, à la fois Algériens et Marocains. Mais ce secret a du mal à résister à l’érosion du temps, à l’amnésie collective, à l’air du temps, dans une conflictualité absurde, voire à l’indifférence généralisée. Pourtant, quelques Algériens, au fait de cet épisode qui a fondu Marocains et Algériens dans le même creuset, font le pèlerinage à ce lieu emblématique. Ce sont souvent des hors-doxa de leur gouvernement. Ils refusent de détester le Maroc, comme le veut le politiquement correct à Alger. Ils paient le tribut à cette mémoire collective entre les deux peuples, en se recueillant sur le lieu. En quittant Beni Ensar, en direction de Nador, trône toujours un hôtel qui ne paye pas de mine : l’hôtel Salam, où un certain Nelson Mandela avait séjourné et où les dirigeants algériens tenaient leurs QG (Quartier Général ndlr), avec l’hôtel «Grand Hôtel» (devenu al Maghrib al Arabi). La base-arrière de la révolution algérienne au Maroc n’était pas Oujda, mais plutôt Nador, avec la caserne de Zeghanghane sous le commandement de Mohamed Boukharrouba, alias Houari Boumediene, et le camp d’entrainement de Kebdana.
Par Hassan Aourid
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