Jusqu’au XIXème siècle, les sultans de la dynastie alaouite ont fait du déplacement-replacement des tribus l’un des axes fondamentaux de leur politique intérieure. Un choix politique fort, risqué et finalement efficace. Les motivations en furent nombreuses. Les conséquences aussi…
Dès son accession au pouvoir au XVIIème siècle, la dynastie alaouite hérita d’un Maroc marqué par de fortes tensions à la fois internes et externes. Les tribus refusaient de se soumettre au pouvoir central et exerçaient une grande influence dans leurs régions respectives, particulièrement dans des zones réputées pour leurs velléités insurrectionnelles comme le Rif et l’Atlas. Face aux menaces extérieures, notamment les convoitises coloniales européennes, l’État alaouite procéda au déplacement de plusieurs tribus vers des zones inhabitées ou sous contrôle du pouvoir central, afin de briser leur puissance militaire, de neutraliser leurs capacités de rébellion et de les remplacer par des tribus loyalistes. Le déplacement avait également un objectif politique : démanteler les forces d’opposition. Certaines tribus représentaient une menace directe pour le pouvoir central, et leur dispersion constituait le moyen le plus efficace de les affaiblir. En revanche, cette politique servait aussi à récompenser les tribus loyales en leur octroyant des terres fertiles et des positions stratégiques. Ainsi, lorsque les tribus du Moyen Atlas (Zayane, Aït Youssi, Aït Serghouchen) entrèrent en rébellion, le Sultan Moulay Ismaïl en déplaça des fractions vers l’ouest et aux environs des grandes villes comme Fès et Meknès, afin de mieux les contrôler et, du coup, s’en servir comme main-d’œuvre pour ses grands chantiers. De même, les Aït Yafelmane furent exilés vers le Gharb et le Souss suite à leur révolte. Sous Sidi Mohammed ben Abdallah, des fractions des Rehamna furent déplacées vers le Souss et le Haut Atlas. Les Z’aeirs connurent le même sort sous Moulay Abderrahmane. Le Sultan Hassan 1er poursuivit cette politique: les Aït Ba’âmrane, excédés par une lourde fiscalité, furent transférés vers Fès et Taza. Pour leur part, les Aït ’Atta du Haut Atlas furent déportés vers le Tadla et le Souss.
Par Mohamed Abdelouahab Rafiqui
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