Une fois le Protectorat installé, Lyautey va œuvrer à faire connaître l’Empire chérifien. Quel meilleur moyen que la plume des literati choisis sur le volet pour magnifier un pays encore vierge et fertile en opportunités ?
La flamme et l’engouement du premier Résident général de l’Empire chérifien pour les lettres sont insatiables. À preuve. N’est-il pas élu au fauteuil 12 de l’Académie française, la plus haute instance de la littérature française, le 31 octobre 1912 ? Ironie du sort. Ce n’est que quelques mois après son proconsulat au Maroc. D’une pierre, deux coups dans cette année 1912 pour le général Lyautey, même si c’est qu’en 1920 qu’il prononce son discours de réception. Pas étonnant quand on sait que l’homme est pris à plein temps par la pacification du Maroc puis par la Première Guerre mondiale lorsqu’appelé brièvement comme ministre de la guerre en 1916 sous le gouvernement Briand. Toujours est-il que dans la soumission du Maroc, Lyautey semble agiter la carotte et le bâton. Sans doute, le premier objet davantage que le second. En effet, pendant que l’Europe se déchire par la première des plus meurtrières guerres du XXème siècle, Lyautey use du soft power pour promouvoir l’Empire chérifien, car justement parce qu’il manque de hard power. Certainement, les troupes coloniales présentes au Maroc ont été dégarnies pour être convoyées au front en France.
Qu’à cela ne tienne, Lyautey instaure la «politique du sourire». En quoi consiste-t-elle ? À emplir de manifestations culturelles la carence en forces armées. Essentiellement des expositions. Il n’en demeure pas moins que son principal cheval de bataille pour promouvoir le Maroc lyautéen est bien la littérature et de façon globale, l’art. Cette promotion mêlée de propagande prend son top départ en 1919, une fois débarrassée des désagréments de la Grande Guerre.
Par Farid Bahri
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