Depuis l’apparition du phénomène dit de Tcharmil (en gros, la violence portée par de jeunes gens dans la rue), on s’intgerroge : d’où vient tout ce déferlement de violence souvent gratuite ? Avons-nous toujours été comme «ça» ? Sinon, depuis quand et pourquoi ? La violence de la rue a fait écho, bien entendu, à d’autres formes de violences. Comme la violence dans la vie de tous les jours. La violence policière et politique. Ou la violence prônée, de plus en plus, au nom de la foi. Sans oublier la violence contre l’enfance et contre la femme.
Zamane sonde pour vous toutes ces questions liées à la thématique de la violence. Nous vous proposons, pour ce dossier du mois, une lecture du présent et de l’histoire de ces violences. Avec l’avis d’historiens, mais aussi de fins psychologues. Sans oublier un indispensable comparatif entre nos violences et celles des autres, histoire de situer réellement la place de la société marocaine dans le contexte tant maghrébin ou arabe qu’international.
Bonne lecture.
Nous sommes à Oued Beht, près de l’actuelle région Zemmour–Zaërs, au tout début du XVIIIème siècle. Un groupe de soldats esclaves s’empare d’un jeune homme vigoureux. Il se débat comme il peut, mais il pressent que sa fin est proche. Son sang princier ne vaut rien pour les soldats qui se jettent littéralement sur lui. Il s’agit d’un ordre du souverain omnipotent. Le jeune homme s’appelle Mohamed Al Alem et son père n’est autre que le sultan Moulay Ismaïl (1672 – 1727). Faisant fi de ses arguments religieux (car c’était, comme l’indique son surnom, un savant versé dans les sciences religieuses et les lettres) qui, rappelle-t-il avec un sang-froid remarquable, interdisent à un musulman de tuer un innocent ou de le torturer, les exécutants, armés jusqu’aux dents, le ligotent. Une fois mains et pieds liés, ils procèdent, tels des bouchers expérimentés, à l’amputation méthodique de sa main droite. Puis de son pied gauche. Pourquoi ? Afin qu’il ne puisse jamais monter à cheval et tenir une épée pour guerroyer. Si, toutefois, il survit. En fait, les guerriers professionnels sautaient, en ce temps-là, sur le dos de leur monture pied gauche en premier. Remis sur le dos de son cheval, Mohamed Al Alem est conduit jusqu’à Meknès. Vidé de son sang, il succombe à l’arrivée, onze jours plus tard. Mais, dans ce tableau noir, il y a eu un geste lumineux de la part d’un imam. Celui-ci a pris son courage à deux mains et décidé, contre les ordres officieux, de célébrer la prière du mort pour le repos de l’âme du défunt. Dans les faits, l’époque de Moulay Ismaïl est l’une des plus violentes dans l’histoire politique du Maroc. Intelligent mais brutal, il met en place un Etat qui sait se faire respecter, mais qui ne respecte ni le droit à la vie, ni le droit à la liberté. Ismaïl Ibn Mohamed Ibn Ali Charif réduit en esclavage, légalement parlant, les Marocains de couleur noire. Sous prétexte que leur peau est noire, ils ne peuvent être que des descendants de personnes serviles.
Par la rédaction
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