La traite des noirs n’est pas la seule représentation de l’esclavage. Il y en a d’autres, bien sûr, qui se sont glissées dans la vie quotidienne et se sont perpétuées jusqu’à nos jours. L’esclavage moderne emprunte certaines formes à l’ancien. Il y est question de racisme, de suprématie des races ou des classes sociales. Et d’un homme dominant, exploitant, et asservissant un autre homme ou groupe d’hommes. Zamane a enquêté sur l’origine de ce fléau social, qui fait partie aujourd’hui de l’héritage, parfois très lourd, de l’humanité. Que signifie l’esclavage ? Comment a-t-il pénétré nos sociétés ? Jusqu’à quel point s’y est-il perpétué et quelles autres formes a-t-il pu épouser au fil des siècles et des décennies? Surtout, quelle est la place de ce phénomène, comparé à d’autres régions du globe, à d’autres sociétés et d’autres cultures ?
Le Coran évoque la question de l’esclavage (raqîq) dans 25 versets distincts répartis sur 15 sourates, qui penchent en faveur de l’esclave. L’affranchissement n’est jamais déclaré ouvertement obligatoire, mais il est encouragé. «Celui qui, possédant une esclave, l’entretient, l’éduque, la traite bien, puis l’affranchit et l’épouse, aura une double récompense divine», (Al Boukhari, 810-870). Ou encore, «tout homme qui affranchira une personne fera sortir du feu, pour chaque membre de l’esclave, ses propres membres par lesquels il aura péché», (Mouslim, 816-873). Un «bon musulman» doit ainsi veiller à l’atténuation des formes les plus dégradantes de l’esclavagisme. «Un code de bonne conduite est institué, comme si le prophète voulait circonscrire la fronde des oligarques de La Mecque, qui jusqu’alors contrôlaient le pays. Ceux-ci avaient besoin de leurs esclaves comme de leurs femmes, de leurs vaches laitières et même de leur faune sauvage. Mais l’idée fait son chemin parmi la plèbe qui accueille favorablement la nouvelle prédication du prophète. Grâce à sa Loi céleste, Mohammed s’engage à libérer tous les asservis de leur joug ancestral», écrit Malek Chebel. Afin de maintenir un ordre économique et social, la Révélation ne s’attaque pas à l’esclavage à travers son statut juridique, mais via la doctrine religieuse. Tout esclave, une fois converti à l’islam, pourra aussitôt être affranchi. Celui-ci a la même valeur spirituelle qu’un homme qui n’a jamais cessé d’être libre, et sera d’ailleurs traité avec moins de rigueur qu’un «homme libre» le Jour du jugement dernier. Dans l’autre sens, le fait qu’un homme libre affranchisse un esclave (et sa famille) est considéré comme un acte méritoire. C’est même une forme d’expier des péchés. Par exemple : en cas de rupture volontaire du jeûne pendant le ramadan, de meurtre involontaire d’un croyant, de parjure, ou encore de répudiation puis annulation de celle-ci.
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