Deux frères, écrivains et voyageurs, partagent à la découverte du Maroc, alors sous Protectorat. Ils en tirent plusieurs ouvrages, notamment sur Rabat ou Marrakech. Mais c’est leur essai sur Fès qui reste le plus célèbre, peut-être à cause de son côté pittoresque, même s’il n’évite pas toujours clichés et lieux communs.
La ville elle-même a la forme d’une abeille, avec cet étranglement qui la divise en deux parts inégales: la plus petite, la tête si l’on veut, Fès Jdid, la Ville Neuve, étendue sur la hauteur; l’autre, beaucoup plus allongée, la Médina, la vieille cité d’ldriss, sur les pentes et dans le fond du ravin. Pour un Fassi, la Ville Neuve (qui n’a de neuf que le nom, car elle date de sept ou huit siècles), Fès Jdid n’est pas vraiment Fès. C’est l’endroit où se trouve cette immense chose fermée, mystérieuse, étrangère, le Dar Makhzen, le palais du Sultan, qui forme un monde à part, avec ses hauts murs crénelés, ses terrains vagues, ses jardins, ses méchouars, ses bâtiments laids ou somptueux, vétustes ou fraîchement bâtis, toujours disposés au hasard, suivant le caprice du temps. Au pied de cette vaste enceinte, le Fassi, dévot et craintif, a rejeté la prostituée, le soldat dangereux, et le Juif plus redoutable encore. Derrière un charmant paravent de murailles qui croulent, d’eaux rapides et claires, de peupliers et de moulins, s’abrite le sordide quartier de Sidi Abdallah et sa prostitution si pauvre, si humiliée, si peu bruyante, parée d’un peu de mousseline, de fard et de henné. Plus loin, les quartiers délabrés, qu’habitaient autrefois, avec leurs femmes et leurs enfants, les trois ou quatre mille esclaves noirs qui formaient de père en fils la garde des Sultans.
Par la rédaction
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