Dans le tumulte de la musique actuelle, pour ne pas dire contemporaine, qui se souvient de Mohamed Fouiteh, pourtant fondateur de la musique marocaine moderne ? Qui, hormis les grands mélomanes marocains, peut aujourd’hui citer un titre de ce grand chanteur-compositeur ? Est-il tombé totalement dans l’oubli ? Ou revient-il sans cesse dans les plis secrets de la chanson marocaine ?
Né le 18 mai 1928 à Fès, Mohamed Fouiteh perdit son père avant d’atteindre l’âge de dix ans, ce qui l’obligea à effectuer de petits boulots pour subvenir aux besoins de sa mère. On raconte qu’il adorait jouer de l’harmonica avant de se tourner vers le luth. À quatorze ans, selon ceux qui l’ont connu de près, le luth n’avait plus de secret pour lui. Des compositeurs tels que Mohamed Bouzoubaâ et Thami Harouchi remarquèrent son talent et lui apportèrent leur soutien. Bien que certains textes affirment qu’il aurait fait partie de l’orchestre de malhoun de Harouchi, sa veuve Ghita dément catégoriquement cette information : selon elle, Fouiteh a toujours été attaché à la chanson moderne et est resté fidèle à la chanson égyptienne, qu’il imitait et adaptait aux fêtes et mariages locaux. Avec ses pairs de la même génération, tous tournés vers la musique arabe moderne, il cofonda le célèbre orchestre Achouâaâ. Cet ensemble comprenait Mohamed Mezgueldi, le premier chanteur marocain à avoir enregistré une chanson au Caire, Ahmed Chajîi, célèbre violoniste et compositeur au sein de l’orchestre
d’Ahmed Bidaoui, et Abderrahim Sekkat, faiseur de stars derrière certains grands succès de la chanson marocaine moderne, notamment Abdelouahab Doukkali, Abdelhadi Belkhayat et Naïma Samih. La collaboration de Fouiteh au sein de cet orchestre s’imposa rapidement à l’oreille citadine marocaine.
Mais leurs chemins allaient se séparer.
Par Moulim El Aroussi
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