De l’aveu et de l’avis des observateurs internationaux de la vie politique, le roi Hassan II, durant ses 38 ans de règne, fut une «bête» diplomatique. Pas étonnant qu’après le très court règne de son père, décédé subitement, au jeune Hassan II va incomber la lourde tâche de donner au Royaume chérifien une envergure internationale. Et c’est bien avec brio qu’il s’en sortira. Explication de cette «énigme» : ses années de formation et de maturation avec le roi Mohammed V aux côtés de pointures étatiques. Rétrospection.
Neuf jours avant sa disparition, le roi Hassan II assiste avec tous les honneurs au défilé du 14 juillet 1999 en présence du Président français Jacques Chirac sur les Champs-Elysées parisiens. C’est bien la consécration et la reconnaissance d’un diplomate visionnaire. Un événement parle pour tous ; le coup de génie de cette grande procession historique que fut en 1975 la Marche Verte. Cela dit, cette dextérité et ce doigté diplomatique n’est pas venue de nulle part. Il est le fruit bien mûr et mûri d’une éducation calibrée et millimétrée prodiguée par son père, le roi Mohammed V qui souhaite doter son fils, le prince héritier de la stature d’un grand homme d’Etat. Maintenant, pour y voir plus clair, remontons le chronographe. Pas de doute, le journaliste Ignace Dalle, fin physionomiste de la vie politique et sociale du Maroc l’affirme sans détour dans son livre «Les Trois Rois» (Fayard, 2004). «Moulay Hassan qui domine intellectuellement son père s’impose rapidement à toutes les parties comme un interlocuteur incontournable». Ce n’est pas une question d’intelligence mais bien de celle d’opportunité. Moulay Mohammed ben Youssef n’était pas pressenti pour monter sur le trône. Ce n’est pas le cas du futur Hassan II qui, dans cette perspective, va recevoir toute la dense éducation d’un futur monarque. En somme cette «domination intellectuelle» est voulue et souhaitée par Mohammed V. Le premier roi du Maroc indépendant mettra tout en œuvre pour que sa progéniture royale atteigne ce degré de maturité diplomatique dont il n’ a pu lui-même tirer parti. Le sultan Moulay Mohammed est conscient d’avoir été élevé à l’instar de ses aïeux à l’ancienne. Une éducation conservatrice qui ne l’a pas préparé aux enjeux du monde moderne.
Par Farid Bahri
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