L’ancien pilote militaire Salah Hachad, rescapé du sinistre bagne de Tazmamart, est décédé dimanche à l’âge de 87 ans à Kénitra. Avec lui disparaît l’une des dernières voix qui ont levé le voile sur l’une des pages les plus sombres du Maroc contemporain. Né dans les années 1930, Hachad s’était formé à l’école militaire de Marrakech avant d’intégrer l’armée de l’air. Brillant pilote, il s’illustra sur des avions soviétiques puis américains. Envoyé aux États-Unis pour se perfectionner, il termina premier de sa promotion dans les années 1960 et fut parmi les premiers, aux côtés d’un pilote jordanien, à prendre les commandes d’un F-5. De retour au pays, il gravit les échelons jusqu’à devenir chef des opérations de la base aérienne de Kénitra.
Le 16 août 1972, son destin bascula. Âgé de 32 ans, il prit la tête d’un escadron de six appareils engagés dans la tentative de coup d’État contre Hassan II, sans savoir que la véritable cible était l’avion royal. Condamné d’abord à mort, sa peine fut commuée en vingt années de prison après qu’il eut été établi qu’il n’avait pas connaissance du projet réel.
Commence alors pour lui un calvaire de dix-huit années derrière les murs de Tazmamart. Dans cet enfer carcéral, il parvient, grâce à son épouse Aïda, à transmettre des messages au monde extérieur. Ses écrits et témoignages contribuèrent à révéler l’horreur des conditions de détention, rompant le silence imposé par les années de plomb.
À sa libération, Hachad fit de sa mémoire un instrument de vérité. Son récit, empreint de douleur mais aussi de dignité, a permis de garder vivante la mémoire des victimes de Tazmamart. Salah Hachad a été inhumé dimanche après la prière d’Asr à Kénitra. Son nom restera associé à l’endurance et à la résilience de ceux qui ont survécu à l’inimaginable.
* Zamane avait recueilli son témoignage exclusif dans cette interview « Salah Hachad : Ma vérité sur le putsch de 1972 » : https://urlr.me/rKTdb9






































