La situation sociale prend une nouvelle ampleur avec les marches de ce qui est appelé la génération Z. En trois mois consécutifs, où les grands programmes d’infrastructures en prévision du Mondial vont bon train, la question sociale se pose avec acuité, après une série de signaux avant-coureurs : la marche d’Ait Bouguemez (juillet), les cris d’alarme dans le Moyen Atlas, pourtant château d’eau contre la soif (août), la situation des hôpitaux, et partant de la santé, la couverture sociale, l’éducation, et l’échec des réformes y afférents (septembre)…Je passe la situation des sinistrés d’al-Haouz. La question sociale a certes toujours figuré dans les programmes de l’Etat, mais vu l’ampleur de la demande et des besoins, il y a fort à changer d’approche. Et le Maroc ne peut souffrir un train à deux vitesses.
N’avons-nous pas des cliniques qui n’ont rien à envier aux meilleures cliniques au monde, et des établissements académiques, en termes d’infrastructures et de corps enseignants, qui feraient rougir les meilleurs établissements de Paris ou de Madrid… Mais ce sont deux mondes cloisonnés, et les meilleurs cliniques comme les meilleures institutions académiques, dispensent un bien, au plus offrant, et non un service public.
Sans vouloir être ringard, la solution à deux vitesses est une recette pour le chaos. Et la santé tout comme l’éducation ne peuvent être commercialisables, et même si on doit souscrire à la logique marchande, pour des soucis d’efficacité d’ordre comptable, la santé et l’éducation doivent être des services publics. Dans le monde de la révolution numérique, tout se sait, et tout se transmet. Ce qui faisait peut-être la spécificité des puissances publiques, le monopole de l’information n’est plus de mise… Tout le monde regarde et compare. Surtout compare.
Et la santé tout comme l’éducation sont et demeurent des services publics, et non un bon créneau d’investissement rentable. Deuxième élément qui doit à mon humble avis changer dans la gestion administrative, c’est la lenteur dans l’exécution des programmes. Tout responsable est dans un dilemme, s’il veut être efficace, il risque de porter entorse à la procédure, s’il s’en tient à la procédure, il devient inefficace. Or, dans l’état d’esprit qui règne, souvent inquisitorial, les responsables ne veulent pas s’exposer et gèrent des carrières. Ils ont vu des carrières brisées, pour des peccadilles, voire pour excès de bonne foi.
Peut-on faire une omelette sans casser des œufs ? Le principe qui doit commander les rapports au sein de l’administration, est la confiance et non la méfiance. Or, la méfiance, ne vaut que pour les petits… Les mêmes règles ne sont pas applicables à tout le monde.
Troisième élément qui pourrait peut-être aider à changer d’approche, est de trancher avec le discours des satisfecit, fait de chiffres, de courbes, de programmes. La réalité est toujours plus éloquente. Responsables et même marchands de plumes, se hérissent quand on parle le langage de la vérité. Si les mots font mal, ou irritent, la réalité, à laquelle ils renvoient devrait faire plus mal et aiguiser la conscience. Car, peut-être, ce dont le Maroc risque de pâtir, comme disait-on, dans un autre temps, est le complot du silence. Le patriotisme n’est pas une marque brevetée que seuls ceux qui sont aux commandes ou leurs thuriféraires s’approprient. Nous sommes tous face à un défi, qui exige une nouvelle approche. Soyons réalistes, les approches éculées ont fait leur temps.
Par Hassan Aourid, conseiller scientifique de Zamane






































