Imaginez un monde sans football, sans la botola, sans les compétitions du dimanche après-midi, sans Champion’s League, sans CAN, sans Mondial… Le monde ne serait pas le monde. Le monde peut s’accommoder de l’absence de basketball, de volleyball, de Hockey, de baseball, de criquet… mais pas de football. Les Américains qui pensaient se satisfaire de leur football, ont fini par se rendre à l’évidence et se sont mis à l’air du temps pour adopter le soccer. Parce que le foot n’est pas qu’un jeu, mais une religion, une religion profane certes, selon l’expression de Durkheim, et toute société ne peut vivre sans religion, qui est l’expression d’un Moi collectif. A-t-on vu des supporters épris d’accès de pleurs, à la défaite de leurs équipes de hand-ball ou de basketball ? Nullement…
Les Français, après leur victoire en 1998, en Coupe du monde, ont enfin découvert les vertus de la diversité culturelle et ont scandé le slogan : black, beur, blanc. J’ai en mémoire l’image d’une Brésilienne, en pleurs lors de la débâcle de son équipe de football face à l’équipe allemande en 2014. Ou le fâcheux événement quand un joueur colombien a marqué contre son propre camp, lors du Mondial 1994. La sentence était terrible, et un supporter lui a tiré dessus, à bout portant…
Le grand Baggio qui avait raté le pénalty contre le Brésil en 1994, ne s’est jamais remis de son forfait. Et les Italiens ont mis beaucoup de temps pour lui pardonner. Un peu comme s’il avait bafoué l’honneur de son pays. Un joueur n’est pas qu’un joueur, mais un combattant, voire un guerrier, porté au pinacle si l’équipe gagne, et s’il fait preuve de prouesses. Et malheur à l’équipe perdante, elle est lynchée vive. Un entraineur n’est pas qu’un coach, mais un chef d’état major, et le président d’une fédération un objecteur de conscience.
La force du football tient dans la foi que les supporters, ou plutôt les fidèles, portent à cette nouvelle religion. Sans cette foi, il n’y aurait pas de football. Si un jour le football devient un simple jeu, il perdra de sa magie. Somme toute, cette nouvelle religion est moins nocive que les guerres dites saintes, avec le cortège d’excommunications et d’inquisitions.
C’est une guerre propre, sans effusion de sang, sans destruction, sans orphelins… Le foot est un ersatz de la guerre et un dérivatif à la fois. Il a tout d’une guerre (les passions, l’ivresse, etc.), mais sans les travers de la guerre. Je trouve à ce jeu plus de bien que de mal. Un grand vecteur de rapprochement des peuples. Une grande catharsis. Mais le football ne porte pas moins les travers des religions quand elles se fanatisent. Il est aux prises avec deux grands travers qui risquent de le pervertir. D’abord le fanatisme, ou la mauvaise foi, avec toute une armée de mauvais génie, apparents et non apparents.
On en a fait la preuve dans la CAN, avec le coach de l’équipe sénégalaise et celle égyptienne. On est bien servi dans les commentateurs de nos voisins de l’est. C’est une tendance lourde, qu’il faut prendre au sérieux, et qui n’est pas prête à désarmer. Le deuxième est plus pernicieux et tient à l’effet déformant de l’argent… L’idéal de rapprocher les peuples deviendrait un leurre. Seuls les clubs qui disposent de moyens et les pays qui investissent dans cette nouvelle foi, auront droit au chapitre. Les talents n’auront de valeur que s’ils sont brevetés par un grand club. Il ne faut pas oublier l’essentiel, le football devrait être un rapprochement des peuples et non le contraire, et tout le monde devrait concourir à ce noble dessein.
Ceci dit, bon vent pour notre équipe nationale pour le Mondial.
Par Hassan Aourid, conseiller scientifique de Zamane









































