Divide et impera. Diviser la société pour mieux régner. C’est l’essence même de la politique sociale menée par la France coloniale en Afrique du Nord. Cette manœuvre de déstabilisation et de discorde porte une expression : la politique berbère. Le Collège d’Azrou est l’émanation même de cette volonté de séparer les Marocains en deux sous-ensembles ; les Berbères et les Arabes. Plongée dans une école pas comme les autres.
Très tôt, dès l’an I du Protectorat, cette politique de ségrégation est mise en place dans le Nord-Ouest du Moyen-Atlas. L’auteur : le général Paul Henrys (1862-1943), un des officiers «pacificateurs» de bled el-Siba. La politique de séparation plaît au plus haut niveau puisque l’année suivante, un dahir daté du 11 septembre 1914 stipule que les «tribus dites de coutume berbère sont et demeurent régies et administrées selon leurs lois et coutumes propres sous le contrôle des autorités». La terminologie est on ne peut plus claire. Elle fixe les modalités de cette politique berbère. Il «(…) [consiste] à soustraire en effet toutes les tribus de la montagne et des régions lointaines à la juridiction du souverain», indique l’historien Germain Ayache dans «Etudes d’histoire marocaine» (1979).
Autre point de vue, mais qui verse toujours dans l’approche ségrégationniste et raciste de la France coloniale. Celui de l’historien Charles-Robert Ageron. «À en croire les officiels, les élèves berbères étaient, paraît-il, d’un niveau intellectuel supérieur à celui des élèves des écoles rurales arabes (…) On éprouva bientôt le besoin d’une école d’un niveau supérieur pour préparer tout à la fois les instituteurs au nom de la devise : l’école pour les Berbères et par les Berbères, et des secrétaires greffiers de djemaâ. C’est dans la montagne qu’il faut les former et les garder pour les protéger de toute imprégnation arabe, de toute emprise islamique […] On les gardera malléables à la seule influence française».
Par Farid Bahri
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