Ils ont tout connu, de la gloire à la décadence. Retour sur la saga des Banou Waqassa, qui illustre les soubresauts, entre les hauts et les bas, de la vie politique et sociale du temps des Mérinides.
Avant d’évoquer l’ascension des Banou Waqassa, il faudrait situer le contexte qui a permis à certains Marocains juifs d’occuper une position privilégiée durant certaines phases du règne mérinide. Indépendamment de l’hypothèse selon laquelle certaines branches de la confédération tribale zénète, dont sont issus les Mérinides, auraient adopté le judaïsme à une époque ou à une autre, ces derniers ont mis en place un système de gouvernement qui ne reposait pas sur un projet religieux clair, distinguant gouvernants et gouvernés selon une idéologie religieuse ou doctrinale particulière. Leur tendance fut plutôt d’associer à l’exercice du pouvoir ceux qui coopéraient avec eux afin de partager les faveurs du gouvernement, indépendamment de leurs origines ethniques ou leurs orientations religieuses. En raison de cette souplesse caractérisant le pouvoir mérinide, il serait logique qu’il puisse intégrer diverses composantes de la société, y compris l’élément juif. Les catégories sociales que les princes mérinides choisirent de «coopter» à leur manière furent variées. Il semble que les juifs de Fès aient compté parmi ces groupes, non seulement parce que les Mérinides étaient relativement affranchis de la question de la légitimité religieuse (du moins sous les premiers émirs et sultans), mais aussi en raison de l’hostilité et de la distance qui s’étaient installées entre les habitants de Fès et les souverains mérinides dès leur arrivée dans la ville. Les nouveaux souverains furent ainsi contraints de créer une nouvelle élite makhzénienne, incluant aussi les juifs, en particulier les grands négociants parmi eux.
Par Mohamed Yassir El Hilali
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