Qui ne connaît pas les halqa des Oulad Ahmed ou Moussa, ses fameux acrobates, drapés aux couleurs nationales dont l’élasticité et la dextérité ont ébahi plus d’un petit Marocain. Ces voltigeurs de l’extrême ne sont d’autres que les adeptes contemporains de Sidi Ahmed ou Moussa du Tazeroualt, à quelques encâblures de Tiznit dans l’Anti-Atlas et qui fut au XVIème siècleun royaume à part entière. Les explications.
Sidi Ahmed ou Moussa (1460-1564) est «le plus grand des Saints du Sous». L’affirmation ne vient pas de nous, mais bien du colonel Léopold Justinard (1878-1959). À l’actif de ce berbérisant, un petit ouvrage «Un petit royaume berbère, le Tazeroualt, un saint berbère Sidi Ahmed ou Moussa» (1954). Son hétéronyme «Capitaine Chleuh» en dit long sur ses capacités linguistiques ; il parle parfaitement le tachelhit. Soit. Sidi Ahmed ou Moussa serait originaire de la tribu des Beni Arous, dans le Nord du pays. Sa date d’arrivée à Tazeroualt demeure toutefois incertaine. En tous les cas une chose est sûre ; nous avons affaire à un authentique pérégrin. Il voyage partout dans l’Empire chérifien, et encouragera par ailleurs ses disciples à en faire autant. Certaines sources affirment que Sidi Ahmed s’est rendu dans le Machrek. C’est notamment le cas des «Archives Marocaines» : elles soutiennent que Sidi Moussa visita Bagdad. Plus encore, une légende veut qu’il rencontra même Sidi Abdelkader el-Jilani. Chronologiquement, cela est contestable mais pas dans la pensée magique qui régit les adeptes. Toujours est-il que de nos jours encore, il y a toute une tradition orale dans le Sous qui atteste de cette dimension de globe-trotteur de Sidi ou Moussa. «Au nom de Dieu je vais vous conter. L’histoire de la vie d’un homme Sidi Hmad U-Musa : il ne vivait pas dans une zaouïa. Il n’allait pas à la mosquée, il accompagnait une troupe, Il allait de villages en villages, il était jongleur. Lors des fêtes de mariage, il jouait du tambourin, Lors des fêtes de villages, il apportait son fusil, Il va là où sa route le conduit». Voilà un des plus vénérés des mystiques de l’époque saadienne qui déroge amplement aux règles du confrérisme en général.
Par Farid Bahri
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