Plus que des fonctionnaires, les caïds du Maroc précolonial étaient avant tout des chefs de territoires, avec toutefois des pouvoirs contrôlés par l’autorité du sultan. Pour avoir une idée sur l’étendue de leur puissance, il faudrait savoir l’étendue du territoire qu’ils contrôlent et la nature des relations qu’ils entretiennent avec le Makhzen central. C’est ainsi que le nombre approximatif des caïds est passé de quelques dizaines du temps du sultan Moulay Slimane (1792-1822) à quelques centaines vers la fin du règne du grand sultan Hassan Ier (1873-1894). Jules Erckmann, dans son livre phare «Le Maroc moderne», affirme que le nombre total des caïds est passé de 18 à 330. Des chiffres à prendre avec des pincettes, certes, mais qui traduisent néanmoins l’ampleur du phénomène. C’est le sultan Hassan Ier qui, en réformant l’administration makhzénienne territoriale, procède à une augmentation spectaculaire du nombre des caïds. Sa décision peut s’expliquer par plusieurs raisons : diminuer la puissance des caïds et donc leur propension à contester le pouvoir central ; augmenter les recettes fiscales afin de se donner les moyens matériels nécessaires à la réforme de l’État marocain qui était quasiment dépassé par les événements au moment où il monta sur le trône ; et rendre plus efficace le contrôle des tribus et «rationaliser» la structure administrative du Maroc.









































