Pour asseoir son pouvoir et semer la terreur parmi les plus récalcitrants de ses sujets, le calife almohade Abdelmoumen recourait à un procédé déjà pratiqué par certains souverains du temps des Romains : faire surgir un lion au beau milieu de ses audiences publiques ! L’historien Mustapha Nachat raconte que ce calife, habitué à recevoir des lions en cadeau, avait un jour élevé un lionceau. La bête, apprivoisée, grandit à ses côtés et, devenue adulte, ne le quitta plus, tel un fauve dressé au service du trône, prêt à rappeler d’un rugissement la puissance de son maître. Un jour, en pleine audience, le calife fit ouvrir une porte. Derrière elle rugissait la bête. Quand l’assistance vit surgir le lion, crinière hérissée, crocs découverts, queue dressée et yeux flamboyants de fureur, la panique s’empara de tous : les corps se mirent à trembler, les visages blêmirent, et un silence de terreur s’abattit sur la salle. D’un seul geste, Abdelmoumen intervint et calma la rage de l’animal, comme pour rappeler à l’assistance à qui appartenait vraiment la force, dans un théâtre de pouvoir aussi glaçant que millimétré. Le lion resta désormais son compagnon, fidèle comme un chien, le suivant jusque dans la mosquée, à l’heure même de la prière.









































