L’histoire des Sanhâja est celle de pulsations migratoires qui, sur de longs siècles, ont conduit des vagues successives de populations le long d’un vaste couloir allant, par un axe central du Maroc, du Sahara atlantique aux pays du Rif.
Les Sanhâja constituent avec les Masmûda les deux grandes ethnies fondatrices de la population marocaine. Des populations Zénètes venues du Maghreb oriental et central s’y rajoutèrent à la suite de l’islamisation du Maghreb et de la conquête d’al Andalus. Des populations hilaliennes et mâ’qil y vinrent aussi à partir du XIIème siècle et elles contribuèrent à l’arabisation d’une grande partie du Maroc. À l’est du bloc Masmûda de l’Atlas et de l’Anti-Atlas ainsi qu’à l’est des plaines et plateaux atlantiques arabisés, on voit, en effet, se dessiner une longue écharpe qui, du sud au nord, part du Sahara occidental, traverse la moitié centre et est des régions présahariennes (le «pays du Drâ’a»), le Jbel Saghro et le Haut Atlas centre-oriental et oriental. Cette écharpe se continue dans le Moyen-Atlas et ses bordures dans la Moulouya et le Tadla (cette région mal définie que l’on appelait autrefois le Fazaz), pour se terminer dans le Rif central et occidental. Tout au long, les populations qui s’y déplaçaient, se sont identifiées à une même appartenance ethnique, celle des Sanhâja ou de Znâga, une autre écriture du premier ethnonyme. Cette longue écharpe territoriale semble, depuis des temps reculés, avoir été un couloir de migrations de tribus pastorales qui, par vagues, se sont succédées, les unes poussant les autres, à la recherche de meilleurs pâturages -ceux d’un toujours mythique azaghar- jusqu’aux arrivées finales de certaines d’entre elles dans le Rif. Ces progressions renouvelées de tribus pastorales sont relativement bien documentées depuis le XIIème siècle.
Par Grigori Lazarev
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