L’histoire ne nous le dira jamais assez : le Maroc a connu la présence étrangère sur son sol bien avant la signature du traité du Protectorat, à cause de l’argent empoisonné qui a servi à payer la rançon de la guerre.
La guerre hispano-marocaine de 1859-1860 ne s’acheva pas seulement par une défaite militaire du Maroc. Elle ouvrit une période au cours de laquelle la puissance des États européens allait progressivement pénétrer les mécanismes mêmes de fonctionnement du Makhzen. Le traité de Wad Ras, signé le 26 avril 1860, imposa au sultan Muhammad IV une indemnité de guerre de 20 millions de duros au profit de l’Espagne. Cette somme dépassait très largement les ressources disponibles du Trésor makhzénien. C’est à partir de ce moment que la dette allait devenir un instrument politique. Le Maroc devait payer une guerre qu’il avait perdue, mais il devait surtout emprunter pour pouvoir payer. Or, emprunter signifie accepter les conditions du prêteur. Dans le cas marocain, ces conditions ne portaient pas uniquement sur le montant et les modalités du remboursement. Elles touchaient directement les recettes de l’État. Une partie essentielle des revenus douaniers allait être placée sous le contrôle direct des créanciers. Ainsi, ce qui avait commencé comme une indemnité imposée par une puissance militaire se transforma en un début de perte de souveraineté.
Par Moulim El Aroussi
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