Quel rôle la guerre, la politique et, plus encore, la religion ont-elles joué dans l’histoire de la monnaie au Maroc avant le Protectorat ? Retour sur une longue séquence historique faite de controverses et de négociations avec les impératifs du moment.
Historiquement, on considère que les musulmans n’ont disposé d’une monnaie propre qu’à partir du calife Abdelmalik ibn Marwan. Les premières monnaies répondent ainsi à un double objectif : affermir l’indépendance économique et politique du jeune empire face aux puissances voisines, et éviter ce que les fokahas jugeaient interdit par la religion, à savoir les images qui ornaient les pièces. Au Maroc aussi, ces gardiens du temple ont joué leur rôle dans la promotion d’une monnaie locale, en particulier sous la dynastie alaouite. Les contacts avec l’Europe étaient alors intenses et les monnaies étrangères abondaient. D’où l’appel à réduire cette emprise, à frapper une monnaie nationale et à rendre au dirham et au dinar leur poids légal, conforme à la charia. Avant l’islam, on utilisait le dinar byzantin et le dirham sassanide, ainsi que le fals byzantin. Les dinars byzantins portaient l’effigie des empereurs romains d’Orient et certains symboles de leur foi. Les dirhams sassanides, eux, montraient le portrait des rois perses et un autel du feu sacré gardé par deux soldats.
Avec l’avènement de l’islam, ces pièces ont continué de circuler, mais elles restaient rares et servaient surtout de réserves d’or et d’argent que l’on thésaurisait. L’essentiel des échanges entre musulmans se faisait par le troc, marchandise contre marchandise, et seuls les riches, peu nombreux, possédaient dinars et dirhams. C’est pourquoi les textes religieux consacrés à la zakat évoquent les céréales, les dattes, l’or et l’argent thésaurisés, mais jamais la monnaie frappée.
Par Mohamed Abdelouahab Rafiqui
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