Pièces d’or frappées à Sijilmassa, rials d’argent, billets imprimés à l’étranger : l’histoire du Maroc peut aussi se lire dans le creux de la main. Car l’argent n’a jamais été une simple affaire de transactions. Battre monnaie, c’est affirmer sa souveraineté. Lever l’impôt, c’est tenir ses territoires. S’endetter, c’est parfois perdre la main sur son propre destin.Pendant des siècles, les dynasties qui se sont succédé ont mesuré leur force à la qualité de leurs pièces et à la fidélité de leurs contribuables. Au Moyen Âge, le dinar almoravide, nourri de l’or saharien, circulait de l’Afrique de l’Ouest jusqu’aux royaumes chrétiens, qui s’empressaient de l’imiter. Puis vinrent les crises, les monnaies étrangères qui envahissent les marchés, les réformes contrariées par les oulémas ou les notables, et les sultans contraints de jongler avec des caisses vides. Au XIXème siècle, une défaite militaire suffit à faire basculer l’équilibre: l’indemnité de guerre ouvre la voie aux emprunts, les emprunts aux créanciers, et les créanciers s’installent dans les ports. Bien avant 1912, la souveraineté marocaine s’effrite déjà par le portefeuille. Il faudra attendre l’indépendance, et même bien après, pour que le pays reprenne pleinement la maîtrise de sa monnaie. Ce dossier remonte le fil de cette longue histoire, faite de grandeur, de ruses et de dépendances. Une manière inattendue de comprendre comment l’argent fait les États, et comment il peut aussi les défaire. Bonne lecture à travers ce nouveau voyage dans l’histoire du Maroc.
Dresser l’histoire de la monnaie marocaine, c’est en partie appréhender l’histoire du Maroc. Mais cette histoire est tributaire des découvertes qui pourraient être faites. Si nous pouvons répertorier la monnaie marocaine pour les temps modernes, nous demeurons, pour le Moyen Âge, tributaires des découvertes hypothétiques. Fort heureusement, nous disposons de quelques musées, dont celui de Bank Al-Maghrib (dans une aile dite Dar al-Qadi), de quelques collectionneurs et de certains écrits qui dressent l’histoire de cette monnaie. La numismatique demeure la principale source. Les écrits de Daniel Eustache sur le dirham idrisside, depuis 1970, sont une référence incontournable. Les travaux de Khaled Ben Romdhane ont porté sur les monnaies almoravide et almohade, et ceux d’Omar Affa sur les monnaies d’usage dans le Souss au XIXème siècle. Nous disposons aussi d’une étude parrainée par l’UNESCO sur l’histoire monétaire de l’Afrique, dont un chapitre de Jean Devisse s’attarde sur cet attribut de souveraineté marocaine qu’est la monnaie.
Par la rédaction
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