Même loin dans le temps, les peuples étaient connectés entre eux, par intérêt ou par alliance, pour prospérer ou pour faire face à l’adversité. Les Phéniciens et les Amazighs sont passés par cette phase. L’influence des premiers a tendance à être minimisée, alors qu’elle est tout sauf négligeable.
Sur plus de huit siècles, l’Afrique du Nord a été sous la domination phénicienne. Carthage était la grande métropole qui irradiait sur toute l’Afrique du Nord. Le nom de Carthage, faut-il le rappeler, est la contraction romaine du phénicien, langue sémite, du mot Carta Hana, proche de l’arabe, qaria haditha, ville nouvelle. Certes, les Romains, qui ont eu raison de Carthage, ont œuvré à effacer toute trace d’elle, et nous n’en savons que ce qu’ils ont bien voulu nous transmettre. Pourtant, Rome s’est greffée sur les centres urbains construits par Carthage. Carthage en est l’illustration, qui devient le haut lieu de la culture romaine après les guerres puniques. Rabat abrite dans son site Chellah les vestiges des trois strates historiques déterminantes : la phénicienne, la romaine et l’islamique. Des écrits, nous n’en avons pas, sauf le périple de Hannon, mais la séquence phénicienne devint un subconscient historique, dont les manifestations demeurent jusqu’à l’heure. Ne disons-nous pas de quelqu’un de raffiné et maniéré, itfang ? Ibn Khaldoun avait forgé le néologisme yatafanqu, pour désigner le raffinement, référence claire aux Phéniciens, et Allal El Fassi utilisait al moutafaniqun pour bourgeois. N’utilisons-nous pas jusqu’à l’heure, le mot qartakhana, pour désigner le lointain ? La langue arabe autant que l’amazighe ont été marquées par le phénicien. Le mot jidar (mur) est, nous le savons, phénicien, qui est passé à l’amazigh et qui a donné les noms Ajdir, Agadir… La graphie amazighe, le tifinagh, renvoie à la transcription phénicienne.
Par Hassan Aourid
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