Ce n’est qu’au cours de la seconde moitié du XIXème siècle que, bon an mal an, les techniques modernes d’impression débarquent enfin dans l’Empire chérifien, alors qu’elles ont déjà fait leurs preuves en Occident et qu’elles existent aussi depuis plus d’un siècle dans l’Empire ottoman. Mais pourquoi donc ce retard historique ?
Qu’à cela ne tienne : l’imprimerie donne rapidement lieu à une ribambelle de textes imprimés ou lithographiés. L’un d’eux, «Dalaïl al-Khayrat», un texte religieux composé par le savant Mohamed Ben Slimane al-Jazuli quatre siècles plus tôt, semble sortir du lot. Il est le premier bréviaire lithographié dans l’Empire chérifien. Dans le premier siècle de la Renaissance, l’imprimerie est une révolution à la fois technologique et culturelle sans pareille. Nous sommes vers 1450 à Mayence, dans le Saint-Empire romain germanique (future Allemagne), et la paternité de l’imprimerie à caractères métalliques mobiles revient à Johannes Gutenberg, ancien orfèvre allemand. Alors que la Renaissance s’annonce en Occident, le savoir en dar al-islam jette ses derniers feux avec des sommités telles que l’historien-sociologue Ibn Khaldoun, son comparse Ibn al-Khatib ou le muwaqqit de la mosquée des Omeyyades, Ibn al-Shatir. Ce sont désormais les Turcs et l’Empire ottoman qui volent la vedette intellectuelle aux Arabes.
Alors que les nouveaux moyens d’impression multiplient et accélèrent la circulation des œuvres et des idées dans le monde chrétien, dar al-islam continue, avec certes des scribes de talent, à calligraphier les textes de toute facture. L’une des raisons de ce retard tient à l’interdit religieux qui pèse sur l’impression des textes en caractères arabes. Il n’en demeure pas moins qu’«au XVIème siècle, des imprimeries européennes commencèrent à produire des éditions de livres arabes qui, par leur prix de revient et leur facilité de manipulation, ne le cédaient en rien aux manuscrits que les lecteurs des pays musulmans devaient encore utiliser. On trouve d’ailleurs dans les sources musulmanes des plaintes occasionnelles concernant l’importation de ces éditions européennes», écrit l’historien Bernard Lewis dans «Comment l’islam a découvert l’Europe» (La Découverte, 1984).
Par Farid Bahri
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