Entre la sortie de Rome et l’arrivée de l’islam, le Maroc n’est pas une page blanche. Moins romanisée et moins christianisée que le reste de l’Afrique du Nord, la Tingitane, terre de nos ancêtres, lègue pourtant des villes, une bourgeoisie municipale et un débat d’historiens qui n’a rien perdu de sa vigueur.
On conviendra que sauter à pieds joints dans les premiers siècles du Maroc sous influence de l’islam fait violence à son passé. L’islam n’est pas un commencement absolu. Il s’insinue dans une civilisation matérielle qui lui préexiste. Il n’interrompt pas d’un coup la part de Rome qui survit dans le nord du pays à l’effacement politique de l’Empire. Il réemploie des matériaux, au sens propre et figuré, qui doivent beaucoup à la berbérité, phénomène tellement difficile à définir. Deux entrées géohistoriques au cours de la période entre la sortie de Rome et l’irruption de l’islam divergent fondamentalement. Celle adoptée par Abdallah Laroui opte pour un découpage fondé sur les parallèles, a contrario de celle, classique, de Georges Marçais, qui s’en tient à une division calquée sur les méridiens.
Avec Laroui, on privilégie une répartition zonale qui colle à la géographie physique du Maghreb: les plaines du littoral et de l’intérieur, intensément colonisées par Rome, puis les hauts plateaux steppiques et les montagnes où s’exerçait un phénomène d’attraction et de rejet de Rome ; enfin la frange saharienne au-delà du limes, la frontière fortifiée construite pour tenir les nomades en lisière de l’Empire. Pour Laroui, ce sont les royaumes punico-berbères qui tiennent la rampe de la scène historique du VIème au VIIIème siècle. Les Berbères sont dans l’attente de leur résurgence et celle-ci, consécutive à la disparition de la présence romaine, préludera à l’arrivée de l’islam et l’accompagnera.
Par Daniel Rivet
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