La naissance du système bancaire au Maroc raconte deux séquences historiques, sur lesquelles elle est à cheval : celles du protectorat et de la post-indépendance.
On le sait : c’est la profonde crise financière et monétaire qui a frappé le vieil Empire chérifien à la fin du XIXème siècle qui a d’abord livré le sultan, son Makhzen et ses hommes au capital et aux puissances étrangères. Les caisses vides, la monnaie dépréciée, les emprunts contractés à des conditions ruineuses: tout concourait à affaiblir un État qui n’avait plus les moyens de sa souveraineté. Conscient de ce talon d’Achille, le Maroc a bien tenté d’y remédier. Mais il ne pouvait y parvenir sans le concours et le savoir-faire d’une puissance étrangère. Et cette puissance, ce fut la France. À l’aube du XXème siècle, Paris a parfaitement compris l’intérêt d’une banque d’État au Maroc. Officiellement, il s’agissait d’assainir et de normaliser la situation économique d’un empire chancelant. En réalité, l’institution devait ouvrir la voie à un futur protectorat français. Qui tient la monnaie tient le pays : la leçon avait déjà servi ailleurs, en Tunisie comme en Égypte, où la dette avait précédé la tutelle. L’idée n’était d’ailleurs pas nouvelle. Elle remontait à 1883, lorsque des hommes d’affaires européens avaient mesuré tout le profit qu’ils pourraient tirer d’une banque étatique au Maroc : la gérer, frapper la monnaie, prêter au Makhzen et se rembourser directement dans ses caisses. Un montage idéal, où le créancier devenait en même temps le gardien du trésor de son débiteur. Il fallut pourtant attendre 1901 pour que la Banque de Paris et des Pays-Bas (l’actuelle Paribas) accepte de s’engager dans l’aventure. Elle ne le fit pas seule: la République française tenait la houlette, et même la baguette. Car derrière l’opération financière se dessinait une ambition politique, que l’Entente cordiale signée avec Londres en avril 1904 allait rendre possible. En échange de sa liberté d’action en Égypte, la Grande-Bretagne laissait à la France les mains libres au Maroc.
Par Younes Mesoudi
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